Dossier manga et animation japonaise en France : club Dorothée, censure et succès

De Jonas Auteur - Posté le 9 juin 2017 à 16h21 dans Mangas/Comics

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Depuis son arrivée en France dans les années 80, les mangas et animés sont solidement ancrés au sein de notre culture. Ce n'est pas pour rien que nous sommes, aujourd'hui, le deuxième consommateur au monde derrière le pays du soleil levant. Malgré cette reconnaissance de la culture japonaise, l'histoire d'amour n'a guère été constamment idyllique. Pendant des années, les animés et mangas ont amené de nombreux débats au sein de la place publique. Aujourd'hui, en dépit de ventes importantes, d'animés de plus en plus diffusés, et d'éditeurs qui se spécialisent de plus en plus dans ce secteur, le milieu reste encore sujet à de nombreuses difficultés et stéréotypes. Nous pouvons penser aux rémunérations faibles des dessinateurs et leur statut précaire (au Japon comme en France), aux nombreux clichés ou encore aux polémiques ayant émergé avec le Fansub, le Scantrad et le Simulcast. 

Silver Spoon

 Silver Spoon - Hiromu Arakawa

Ce dossier viendra brosser l'évolution du manga et des animés en France de 1980 à nos jours, tout en abordant les divers problèmes qui touchent ce secteur dans notre pays (avec le Japon comme référence).

Avant de commencer, je tiens à ajouter que si vous avez des précisions à émettre suite à des erreurs malencontreuses, n'hésitez pas à le notifier en commentaire ! Je serai ravi de lire vos interventions. 

1) Arrivée du manga papier et de l'animation en France

Apparition du manga et de l'animation japonaise en France

Généralement, beaucoup de spécialistes et d'analystes s'accordent sur 1978 comme an zéro de l'animation japonaise. Pourquoi ? C'est le moment où débarque, à la télévision, la série Goldorak. Un robot qui a su attirer de nombreux curieux et spectateurs. La France venait d'entrer dans l'ère du manga et ce succès a permis l'apparition de séries (comme Albator) et d'émissions jeunesses (cf : plus bas) en plus grand nombre. Preuve de cette reconnaissance, le manga a eu le droit à sa propre couverture dans Paris Match, quasiment impensable à cette époque. Il est à noter que Goldorak ne fut pas la première production japonaise diffusée en France. En 1972, Le Roi Leo, du maître Osamu Tesuka, avait eu les honneurs à la télévision et, dix ans auparavant, le court-métrage La légende de madame Pei Nang était sorti en salle. 

Couverture Goldorak

Couverture Paris Match - 19 Janvier 1979

Concernant le manga papier, son apparition dans l'hexagone reste assez floue. On date généralement son commencement aux alentours de 1978 avec Le Cri qui tue, première revue française spécialisée dans ce domaine sous l'impulsion d'Atoss Takemoto. Financé par ses propres moyens, Le Cri qui Tue paraît à un rythme trimestriel avec un ambitieux tirage de 40 000 exemplaires. C'est ainsi que l'on a pu voir apparaître des titres comme Golgo 13 ou Demain les Oiseaux. Cependant, la mayonnaise ne prend pas, (la publication est stoppée en 1981), et il faut attendre les années 1990, et la sortie d'Akira chez Glénat, pour voir à nouveau le manga papier.  

Le Cri qui Tue

Couverture Le Cri qui Tue - Volume 4 - Demain les Oiseaux

Un choix éditorial des programmes de se tourner vers ces productions 

Dès lors, pourquoi se tourner vers l'animation japonaise ? Après la dissolution de l'ORTF, trois nouvelles chaînes sont créées (TF1, Antenne 2 et FR3). Soucieux de vouloir remodeler leurs programmes jeunesse, les différents groupes réfléchissent à importer de nouvelles séries, notamment venant du Japon. En cause, des coûts beaucoup moins élevés que les productions américaines ou européennes. C'est ainsi que, petit à petit, des émissions consacrent leur ligne éditoriale à cette thématique : Récré A2 sur Antenne 2 en 1978 (avec, notamment, Dorothée aux manettes), Les Visiteurs du Mercredi sur TF1 (1975), la Cinq (créée en 1986) avec Youpi l'école est finie (1987), et bien évidemment le Club Dorothée sur TF1 (1987). Ainsi, les différentes chaînes mettent à disposition d'importants catalogues pour satisfaire leur public, ce qui a permis la connaissance de séries comme Cobra, Jeanne et Serge ou bien encore Les Chevaliers du Zodiaque. Ces dernières ont contribué à l'ancrage de la culture japonaise en France. Autre point corroborant cette idée : Récré A2 fut diffusé le mercredi matin. Anodin dit comme cela, mais c'était la première fois qu'une émission de jeunesse occupait cette plage horaire

Couverture du livre - Nos années Récré A2

Couverture - "Nos années Récré A2" - Sébastien Carletti

Le sommet de cette "ère" nipponne interviendra avec le Club Dorothée. Animatrice pour Récré A2, Dorothée débarque, avec une partie de son équipe et du catalogue de son ancienne émission, sur la chaîne TF1 nouvellement privatisée. Avec la Cinq, ce seront les deux seules entités publiques à diffuser régulièrement des séries japonaises, dès 1986. D'ailleurs, pour concurrencer la cinquième chaîne, TF1 décide d'acheter les meilleures séries du Japon (sous la coupe d'AB Production) afin d'intensifier sa main mise sur le marché français. Jackpot : le succès est au rendez-vous. L'arrivée de Dragon Ball en 1988 marque l'apogée de la première chaîne. La Cinq ne survit pas. Entre difficultés financières et politiques (propriété de la Cinq Italienne de Berlusconi, la chaîne est souvent victime de censures dans ses programmes), elle disparaît en 1992. TF1 et AB Production en profitent pour prendre possession du catalogue de cette dernière, tout en délaissant les programmes jugés faibles. Le Club Dorothée va ainsi s'imposer dans les ménages et auprès de la jeunesse. Cependant, à cet engouement, des voix inverses se font entendre. A partir des années 1988-1989, de nombreuses polémiques éclatent quant aux contenus diffusés au sein de l'émission. Des familles, des collectifs, des intellectuels et des politiques pointent du doigt la culture nippone, jugeant cette dernière trop violente, non adaptée aux enfants, et ayant une influence néfaste sur eux. 

2) Le temps des polémiques : les années 90 et la vague "anti-japanimation" 

Au début des années 90, une certaine colère se fait entendre en direction du programme de Dorothée et, par extension, contre la "Japanimation". Les détracteurs jugent ces dessins-animés japonais inadaptés pour le jeune public. Ceci est assez vrai. En effet, certains mangas précédemment cités étaient diffusés au Japon à des heures tardives, (18h-19h) et avaient pour cible les adolescents. Ainsi, en exemple, Ken le Survivant côtoyait d'autres productions à des années lumières de son univers (ex : Candy). La grogne monte, et certaines personnalités s'engagent contre cette culture japonaise, dont Ségolène Royal, auteur du livre Le ras-le-bol des bébés zappeurs.

Ségolène en chasse contre la culture japonaise 

Livre : Ras le Bol des Bébés Zappeurs

Couverture - Le ras-le-bol des bébés zappeurs - 1989

En 1989, Segolène Royal, jeune députée des Deux-Sèvres, mène une croisade contre la télévision française qu'elle juge à l'époque violente. Cette dernière s'attaque aux séries d'animations japonaises, qu'elle qualifie de "mauvaises, médiocres et laides". C'est le début des longues polémiques. De nombreux titres s'attirent les foudres des parents et des spectateurs, dont Ken le Survivant. Jugée trop violente, la série est connue pour son ultra-censure des dialogues et ses scènes coupées. En effet, sous la pression du CSA et d'associations familiales, l'équipe d'AB production (à la tête des programmes jeunesses de TF1) avait embauché une équipe de psychologues pour qu'ils adaptent, au mieux, les épisodes au jeune public. C'est ainsi que naquirent les mythiques doublages français qui caractérisent encore aujourd'hui cette série. Concernant cette anecdote, les doubleurs de l'époque se sont expliqués à de nombreuses reprises sur ce sujet. Je vous conseille de lire cet interview très intéressante de Philippe Oguz, voix française de Ken. Pour le plaisir, un petit condensé du best-of de la VF.

  Chargement de la vidéo… (voir sur Dailymotion)

Dorothée en bouc-émissaire

Les polémiques prennent de l'ampleur, et certains magazines et journaux français accusent ouvertement Dorothée d'être responsable de l'avilissement de la jeunesse française. Le magazine VSD, notamment, titre en une d'un de ses numéros "Faut-il brûler Dorothée ?". En 1993, Dorothée cristallise les tensions à tel point qu'elle devra venir s'excuser sur le plateau du 20h de Patrick Poivre d'Arvor à la suite d'une série jugée "choquante" pour les jeunes enfants. Son nom ? Très cher frère. Une oeuvre destinée plutôt aux adultes qui aborde des thèmes sombres comme le suicide, la dépression ou bien encore l'ambivalence sexuelle. Autant dire, pas réellement adaptée aux jeunes bambins. 

Magazine VSD - Une Dorothée

Couverture VSD du 4 Février 1993

Les années 90 : entre creux et renaissance ! 

Malgré cet épisode, les mangas et animés s'imposent au sein du paysage audiovisuel et culturel français. Les ventes dans les années 1990 témoignent de cette embellie. De nombreux éditeurs apparaissent ainsi que des magazines spécialisés. Tonkam commencera à éditer des titres, et Glenat publiera Akira de Katsuhiro Otomo. Paradoxalement, la presse, quant à elle, critique ouvertement cette nouvelle culture. Télérama utilise- le mot de "Japoniaserie" afin de "qualifier" cette nouvelle mode. Après un creux très important entre 1996 et 1998 (certains évoquant même la disparition du "phénomène" en France), les mangas et animes connaissent une renaissance grâce aux succès de certaines séries (Pokemon, Sakura chasseuse de cartes), de chaînes de télévisions (Mangas, Fox Kids, Game One) et de l'arrivée de plus en plus importante de ces productions au cinéma (Pokémon, Princesse Mononoké, etc). 

Princesse Mononoke

Princesse Mononoké - Sorti France 2000 - Japon 1997

Aujourd'hui, le manga possède un succès connu de tous. La France est le deuxième pays consommateur au monde et ceci tend à se confirmer. Malgré une période de baisse, les chiffres de ventes repartent à la hausse et parviennent à se stabiliser depuis 2 ans.

3) Les chiffres de ventes de 2008 à aujourd'hui : une stabilisation après une période de baisse 

Naruto, One Piece, Bleach, Dragon Ball... Tous ces titres ont participé à l'ancrage de la culture manga en France. Succès au Japon, l'arrivée dans l'hexagone de ces séries fut inévitable, notre marché se calquant sur le pays du soleil levant. L'un des derniers exemples en date est Shingeki no Kyojin, ou L'Attaque des Titans d'Hajime Isayama. Publié depuis 2009, le manga est acclamé par les fans et sa notoriété a atteint des sommets grâce à son adaptation animée par le studio production IG. Preuve de son succès, et par le bouche à oreille, la série est diffusée sur France 4, en 2014, en seconde partie de soirée, aux alentours de 22h30. France Télévisions avait, à cette époque, voulu adapter sa chaîne aux "adolescents", en proposant des contenus plus mâtures ciblés.

Article Express - Attaque des Titans

Capture d'écran - Article de l'Express - 21 Juillet 2014 - Marion lydie

Des ventes qui repartent à la hausse

Concernant le manga papier, les ventes sont correctes depuis 10 ans. Malgré une baisse notable il y a quelques temps (due notamment à l'arrêt de séries pionnières telles que Naruto), le marché repart à la hausse avec l'arrivée de titres considérés comme les futurs successeurs du genre (My Hero Acadomia, One Punch Man etc). Selon GFK (équivalent d'Ipsos), on estime à environ 14 millions le nombre d'exemplaires de mangas écoulés en France en 2016. Une belle embellie puisque ce sont deux années de progression qui viennent supplanter la période morose de 2011-2014 (voir graphique ci-dessous).

Ventes annuelles Mangas en France

Evolution des ventes de mangas (en millions d'exemplaires, données selon Gfk - graphique de MangaMag)

Parallèlement, afin de bien mettre en exergue ces succès, il est important de vous montrer ces deux graphiques (toujours de GFK). Le premier est un classement des séries les mieux vendues en 2016. Le second, quant à lui, s'intéresse au lancement de titres en 2016, et se concentre sur les 15 nouveaux tome 1 les plus vendus de l'année. Que peut-on en déduire en corrélant ces deux graphiques au premier évoqué ?

Ventes séries manga 2016

Statistiques publiées sur Journaldujapon - données selon Gfk

Ventes lancement Manga 2016 top 1

Statistiques publiées sur Journaldujapon - données selon Gfk

Des nouvelles séries qui cartonnent dès leur sortie ! 

Si certaines séries familières trustent encore le hit-parade (One Piece, Fairy Tail, Naruto), il est intéressant de constater que de nouvelles s'imposent. Si cela peut apparaître anodins aux yeux de certains, d'autres y verront un renouvellement en marche. En effet, il faut bien prendre en compte que la majeure partie des anciens titres va prendre ou prend fin. On pense à Naruto, Bleach et très prochainement Fairy Tail. Le fait que de nouvelles séries s'imposent très rapidement (One-Punch Man, My Hero Acadomia, Platinum End...), tend à montrer avec exactitude qu'un changement s'opère. Le plus parlant est One-Punch Man, en 4ème place des meilleures ventes de séries en 2016, et meilleur lancement du tome 1 en janvier. On retrouve certaines similitudes avec My Hero Acadomia (6ème série et 3ème meilleur lancement en mars), considéré comme la relève de Naruto. Les chiffres de 2017 devraient affirmer cette tendance ou infirmer ce positivisme.

Illustration Rayons Mangas

Côté animation, il est très difficile de se faire une idée, tant les chiffres sont rares. Cependant, sur ce que l'on sait, le marché est correct pour nos voisins nippons. En 2015, le marché de l'animation japonaise avait rapporté pas moins de 16,09 milliards d'euros. Une augmentation de 12% par rapport à 2014. Des données peu étonnantes, dont nous pouvons supposer un succès quasi similaire dans notre pays. A quoi est-ce dû ? Aux rares chaînes de télévision axées sur cette thématique, oui. Mais, surtout, à l'émergence de plateformes V.O.D, Fansubs, et autre Scantrads.

4) L'apport et les questions autour du Fansub, du Scantrad et du Simulcast  

Ces termes, vous les connaissez : le Fansub, le ScanTrad et le Simulcast. Depuis quelques années, ils sont sources de débats notamment dans l'apport des oeuvres japonaises en France. Dans un premier temps, revenons sur leur définition. Le premier terme désigne une communauté d'amateurs, et fans, qui sous-titrent des productions audiovisuelles. Le ScanTrad, quant à lui, consiste à scanner les pages d'un manga et les traduire avant "de les mettre à disposition de tous sur internet". Enfin, le troisième mot est une contraction de "Simultaneous Broadcast", et consiste à "diffuser simultanément un même programme sur deux médias distincts, ou sur un seul média en utilisant deux types de modulations".

Exemple traduction : Kurono no Basket

Les mangas et le fansub/scantrad : de l'ombre à la lumière ? - Extrait manga - Kuroko no Basket

La question de la propriété intellectuelle 

Avec l'essor de la culture japonaise en France, les fans et les spectateurs furent demandeurs de nouvelles séries. Problème, le temps d'importation entre le Japon et l'Occident est très long. Pour contrer ce problème, les fans ont décidé de prendre les devants. Ils sous-titrent/traduisent eux-mêmes les oeuvres afin d'en faire profiter le plus grand nombre. Des VHS dans les années 1980 à la démocratisation d'internet dans les années 2000, cette mode s'est étendue très rapidement. Ainsi, de nombreuses séries, très célèbres au Japon mais inconnues en France, ont acquis une grande notoriété dans notre pays (One-Punch-Man notamment). Pour autant , est-ce légal ? Pas tant que ça. Le Fansub (comme le ScanTrad) est assimilé à ce que l'on appelle du Warez. Issu d'un jeu de mots entre Where is et Ware (marchandise), le terme désigne des contenus numériques protégés par les lois du copyright, mais diffusés sans reverser de droits. Le Fansub et le Scantrad sont considérés comme du piratage numérique. Selon la loi française du code de la Propriété Intellectuelle, article L111-1

L'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral, ainsi que des attributs d'ordre patrimonial " Le code de la propriété intellectuelle définit donc deux composantes au droit d'auteur. 

C'est ainsi que des plateformes officielles de V.O.D ont commencé à naître afin de répondre à cette demande et contrer l'illégalité. Parmi les plus célèbres en France : ADN, Wakanim ou encore Crunchyroll. En plus de cela, les gouvernements des différentes nations ont lancé de vastes plans afin de lutter contre ce fléau du piratage, Japon en tête. Le pays avait lancé un vaste plan anti-piratage afin de contrer les sites étrangers de streaming, scantrads et autres téléchargements illégaux. C'est ainsi que, dernièrement, l'une des plateformes de Fansub les plus célèbres, NyaaTorrent, a été récemment fermée. Mais alors, peut-on considérer ces pratiques de traductions "illégales" comme étant bonnes ou mauvaises ? 

Sites de simulcast

Exemple sites - Simulcast

Ouverture à la notoriété ou frein financier ? 

Là est tout le débat. Les avis sont partagés et les parties défendent leur territoire. Tandis que les pros-fansubs affirment que ce genre de pratique permet aux oeuvres méconnues de connaître la lumière, les anti rétorquent en faisant prévaloir le droit juridique et le droit d'auteur. En effet, si un tome est disponible gratuitement sur internet, il ne fait gagner aucun argent à son bénéficiaire. Cependant, cette pratique du Scantrad/Fansub peut permettre ensuite aux fans, s'ils sont séduits par le produit, d'aller acheter le dit tome en question. Cela permet de gagner en publicité et reconnaissance. Mais deux écoles s'affrontent et le débat est loin d'être terminé, les gouvernements faisant la chasse régulière à ce type de pratique. 

Exemple Scantrad - kouritsu kuriya madoushi

Extrait du manga - Kouritsu Kuriya Madoushi, Daini no Jinsei de Madou o Kiwameru

Cependant, avec certitude, internet sustente les fans concernant leur soif de culture japonaise. En France, même si l'offre télévisuelle reste faible (à pars J-One, Manga ou GameOne), des programmes abordent cette thématique. En revanche, la publicité concernant les mangas et animés est de plus en plus accrue, ce qui permet à certaines séries, et auteurs, de sortir de l'ombre et de connaître le goût de la lumière. En effet, le métier de scénariste/dessinateur n'est pas aussi joyeux que l'on aimerait le penser et ce petit coup de pouce peut leur être très utile. 

5) Mangaka/Dessinateur : une passion aux conditions éreintantes 

Dessinateur, mangaka, scénariste : ce sont des métiers où les conditions de travail sont généralement mauvaises. Entre salaires bas, horaires infernaux, et manque de reconnaissance, joindre les deux bouts devient un challenge. Les professionnels le disent eux-mêmes. Afin d'illustrer ces propos, nous allons prendre deux cas distincts. L'un concernant l'animation, l'autre concernant la "BD".

L'animation : un métier épuisant aux nombreuses heures de travail

L'animation : un métier éprouvant

Produire un anime est relativement difficile et éreintant. Généralement, c'est une équipe assez conséquente qui s'affaire à la création d'épisodes chaque semaine afin de coller à la ligne éditoriale très particulière du Japon. Ainsi, nous vous relations, dans un article, les propos de Taiki Nishimura qui travaille dans ce milieu depuis plus de 20 ans. Via ANN, ce dernier avait annoncé les sommes, peu reluisantes, qu'il gagnait en participant à divers projets (environ 2000 dollars par mois, par projet). Pour corréler ses propos, une étude de 2013 publiée par la NHK dévoilait deux informations importantes. La première concernant les salaires pour chaque branche dans le secteur de l'animation. La seconde, au sujet du nombre d'heures travaillées par les employés chaque mois. En règle générale, il faut compter 263h par mois avec des salaires, pour les plus bas échelons, tournant autour de 25 000 dollars par an. Si cette tendance précaire est très nette dans les métiers de l'animation, ceci est tout aussi vrai du côté du manga papier. 

Ne plus compter les potentielles nuits blanches

Dessin - Bakuman

Extrait du manga - Bakuman

Vous êtes sûrement nombreux à avoir lu Bakuman, manga de Takeshi Obata et Tsugumi Ohba. Si ce titre vous est inconnu, il narre l'histoire de deux amis qui se lancent dans l'écriture et la conception d'un manga. Critique assez acide du système de publication japonaise, la série met en exergue les "dessous" du métier. Les lecteurs se sont ainsi rendus compte que vivre de sa plume était difficile. L'auteur Reno Lemaire abonde dans ce sens au sein de multiples articles et interviews à ce sujet. Si vous adorez les "Manfra" (ndlr : manga français), il ne vous est pas inconnu. Agé de 36 ans, l'auteur de Dreamland, parle très ouvertement de toutes les galères relatives à sa profession (salaire, conditions de travail, horaires etc). Dans une interview réalisée pour COPIC, ce dernier donnait une idée de ses journées types. 

Ma journée "classique" : j’attaque à 9h30 – 10h, je mange un petit truc à 13h-14h, j’enchaine jusqu’à 21h, je reprends à 23h après le repas du soir jusqu’à 2h, 3h du matin. 

En période de rush je pousse jusqu’à 6h du matin pour me lever à 11h. Le temps nous manque quand on fait du manga, alors j’essaie de grappiller des heures sur mon temps de sommeil quand c’est nécessaire, mais en moyenne ce sont des journées de 13h intenses, 15h voire plus en rush. Les tomes de Dreamland font plus de 215 pages, dont 8 en couleurs…

Reno Lemaire - Auteur Dreamland

Reno Lemaire - Auteur du manga Dreamland

Des salaires toujours insuffisants 

Et combien gagne-t-il ? Pas énormement.  Dans une note publiée sur sa propre page facebook, il expliquait avec énormément de détails la façon dont les revenus, sur la vente d'un tome, étaient répartis. Je vous conseille d'aller lire son article "Apprenti Mangaka", dont le but était de s'adresser aux jeunes ayant pour rêve cette profession (en insistant sur le fait que ce métier nécessite de la persévérance), tout en expliquant le système de rémunération.

Répartition vente d'un livre

Ce que gagne chaque partie lors de la vente d'un ouvrage (sur 20€) - Répartition (en moyenne) pour la vente d'un livre en France

Ainsi, pour toucher des droits d'auteur, pour vivre correctement de la vente d'un de ses tomes, ce dernier doit en écouler près de 23 000. Attention, tout ceci est indicatif et la marge peut changer selon les auteurs et les ouvrages. De plus, il ne faut pas oublier que les tomes sont vendus, en moyenne, 8 €, et que les auteurs peuvent bénéficier d'acompte selon les éditeurs en fonction du contrat passé en amont. Cependant, il faut bien souligner que la majorité des auteurs éprouve d'importantes difficultés pour vivre décemment de leur passion. Si vous désirez plus d'informations à son et ce sujet, je vous renvoie vers ces articles très intéressants : ici et  ! 

Malgré ce tableau peu reluisant, tous s'accorde sur un même point : si le métier est difficile, il n'en reste pas moins une passion. Une passion, qui, depuis des années, fait fantasmer des millions de fans à travers le monde. Comme le disait à juste titre Reno Lemaire dans un article :

Ces chiffres et ces explications sont là pour vous confronter à la réalité, mais il ne faut pas oublier l’essentiel, faire de la BD, du manga, c’est le pied, réaliser son rêve de gosse c’est un bonheur.

Un ancrage important, les clivages dépassés ? 

Comme vous avez pu le voir, ce dossier a essayé de traiter tous les points en étant le plus clair possible. De l'arrivée du manga et de l'animation en France, de la situation économique actuelle du marché jusqu'aux différentes polémiques ayant existé. Si vous voyez des erreurs, n'hésitez pas à le notifier dans la section commentaire. 

Enfin, si tout cet univers vous intéresse, je vous conseille d'aller consulter les liens suivants. Le premier a été rédigé sur le site Fangirl par Exelen. Il est un peu vieux, mais il est très, très complet sur l'arrivée du manga en France !

Le second lien est un mémoire rédigé en 2005 sur l'édition du manga en France. Très instructif. Cliquez là.

Une erreur ?

Mots-Clés : mangaanimationJaponstreaming

Source(s) : Histoire de l'anime et du manga en France - Fan GirlExtrait : Le ras le bol des bébés zappeursBilan Manga année 2016 FranceJournal du JaponBilan Manga année 2016 JaponInterview du doubleur de Ken le SurvivantRapport industrie animation japonaises en 2016Le Parisien : Les français, nouveaux rois du mangaMémoire : l'édition du manga en FranceVSD : Faut-il brûler Dorothée ?Le Monde : Reno, le forçat français du mangaArticle Reno Lemaire : Apprenti MangakaCopic : Interview Reno LemaireFromfrancetojapan : Faire du manga en FranceFansub et Simulcast en FranceLoi française sur le copyrightScantrad : solution ou problème ?sitcomologieArticle Paris Match - GoldorakConditions de travail dans l'animation - Japon

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Commentaires (16)

Par reyfus, il y a 2 mois :

C'est tout de même Dallas, ton univers impitoyable ! Et dire que certains réalisent un travail d'enfer, et ne sont pas payés à leur juste valeur, ce qui est dommage ...

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Par Paulito, il y a 2 mois :

Superbe dossier Hitek !

J'en veux d'autre même si ca vous demande beaucoup de taffe, faites la même chose sur les jeux vidéos... car j'ai l'impression qu'il y a les grands qui se font un fric monstre, et les autres qui galerent et font ca que par passion... mais très peu de gens en parlent !

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Par Naly-chan, il y a 2 mois :

Chouette article Hitek.
Par contre, (à moins d'avoir lu de travers ^^) je ne crois pas que vous ayez mentionné les magazines de prépublication "kameha" (le second après "le crie qui tue") et "manga player" qui à mon sens, on joué un certain rôle dans la publication du manga en France à la fin des années 90.

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Par Hitek, il y a 2 mois (en réponse à Naly-chan):

Effectivement c'est un oubli de ma part ! Mais j'ai préféré me concentrer sur la toute première revue ! Sinon l'article allait encore être plus long le temps de tout détailler ! ^^

En revanche, je vais faire une petite annotation concernant Manga Player.

En te remerciant,
Bonne journée ! :)

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Par Naly-chan, il y a 2 mois (en réponse à Hitek):

Mais de rien. Et bonne journée à vous aussi. :)

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Par alex, il y a 2 mois via l'application Hitek :

Dreamland est la relève du manga, un auteur français nous fais rêver. N'hésitez pas à jeter un coup d'œil à son chef d'œuvre qui vous fera voyager !!!

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Par Mehrunes29, il y a 2 mois :

Très bon article, merci pour cette découverte.

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Par Eki, il y a 2 mois :

Concernant le fansub, je me souviens que le boulot des teams étaient quand même d'une qualité largement supérieur à celui des éditeurs.
Ceux-là même qui faisait leurs petite courses parmi ce qui marchait bien pour ensuite licencier, interdire / fermer la team de trad. Puis sortir l'animé en 2 2 avec une trad pourrave, police d'écriture dégueux et le pire... le pire du pire.... SANS LES PAROLES du générique!!!

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Par Naiade, il y a 2 mois (en réponse à Eki):

En fait le plus gros problème de la traduction officielle, c'est la déontologie officielle pour ça. Par exemple quand ils vont traduire, ils vont avoir tendances à maximiser la belle forme de la phrase (quitte à perdre des informations ou des valeurs) plutôt que de traduire au maximum le sens de celle-ci. Ou ils vont se mettre à traduire des noms (ou pire en changer). Autre chose dommage c'est au niveau des blagues, qui vont être remplacer par des blagues bien françaises. Personnellement l'exemple le plus flagrant et flippant que j'ai eut c'est Claymore, où les monstres sont nommés des Yomas qui pourrait se traduire par Démon donc. Sauf que les fansub eux préfèrent garder Yomas généralement, et c'est pas plus mal. Mais la traduction officielle ... C'est Mal bête. Voila voila voila ...

Et lorsque l'on passe du sub (Wakanim et autres) au doublage ... Vade Retro Satanas.

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Par Condiere, il y a 2 mois :

Merci pour ce dossier. Tres instructif.
Je n'hesiterai pas a visiter votre site plus souvent.

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Par Misternico, il y a 2 mois :

C'est en lisant la partie sur les polémiques qu'on se rend compte que notre pays n'a pas toujours été très ouvert aux autres cultures. Et concernant l'avilissement des enfants par les mangas, en attendant pour des productions de notre cher pays je pense pas avoir entendu beaucoup de députés débattre sur les effets des télé-réalités (surtout vu le niveau actuel).

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Par la science, il y a 2 mois :

Ken le Survivant,,, doux vie 1 lasse en sure ?
7 série a été stopé au debut de la saison 2,,,
Alors que la saison 1, souvenez vous, commence comme un remake Christique,,, ken trusidé qui s'en revient de chez les morts, avec ses cicatrices pour defendre la veuve et l'orphelin,,,, convenait etrangement a la censure Fran16,,,
Alors que la saison 2, souvenez vous, commence avec une nouvelle mentalité, car les forces du mal, une secte religieuse arbore ostensiblement une croix rouge, qui resemble etrangement a la croix chretienne,,,,
et ça sa passe moins bien, pour la censure Fran16 ....
alors que les corps qui explose en bouilli, on les avaient dés les 1° episodes de la saison 1,,,
LA CENSURE NEZ PAS LA H0UX L0NG CR0IX !

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Par Arkadiaz, il y a 2 mois :

Je fais partie de ceux qui li énormément de scan-trad et dès qu'ils sortent en manga papier l’achète (J’ai une collection de plus de 780 mangas). Je trouve ça con, que certains craches sur le Scan-trad. Pour ma part, ça m’a permis pas mal de découverte ET tristement certains mangas ne sont pas (encore ?) adaptés aux marcher français dans l’exemple l’image du manga « Kouritsu Kuriya Madoushi, Daini no Jinsei de Madou o Kiwameru » qui n’a pas encore de date de sortie en France connu. (Qui est pourtant un sympathique histoire)

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Par ftrnt, il y a 2 mois :

je vais revenir sur le fan sub,
le but du fansub est de fournir des oeuvres qui sont boudée pour des raisons Economique et ou d audience trop faible.
sans fan sub, certain séries ne serais pas connus ni vu par le public occidental ! comme : girls und panzer, nichijou, lucky star.

ses oeuvres trop faible potentielle commercial, n’intéresse pas les éditeurs.
on rajout aussi le fait que des éditeurs ne sorte pas les saisons précédentes d une séries, exemple crunchiroll avec "yuru yuri", la pas le choix, on doit passé par le fan sub pour voir les saisons précédente.
ma logique pour le droit au fan sub est la suivante :
vu que personne n investi (en france pas exemple) pour difusé une oeuvres, personne ne gagne donc pas d'argent sur le territoire (francais) pour cette oeuvre, de ce fait si il n y pas d'investissement, il n y pas de vente, pas de profit, donc l'oeuvre fournis en fansub gratuitement, ne fait pas perdre d'argent a la chaine de production pour le territoire de destination (France dans mon exemple). on ne peut justifier de perte finaciere sur une oeuvre pirate dans un pays, si personne ne veux absolument pas gagnée d'argent avec dans le dit pays.
la règle actuel pour le fan sub est donc de comble le trou dans l offre légal , trou du au trop faible potentiel Economique de certain oeuvres.
pour compense cela, il faudrait une grande réforme dans le système des droit d'exploitations, actuellement il faut faire une avance.
ensuite l exploitant doit rentrée dans ses chiffre pour se remboursé et faire du bénéfice. si l oeuvre ne raporte pas ou plus siffusament, elle disparaît du catalogue.
la reforme devrais etre la suivante : suppressions des droit d’acquisition, mais retour financier au aillant droit par le nombre de vu, si le coup d acquisition est de zero, toutes les oeuvres seront alors disponible (ou presque après retrait du coût de traduction et d’hébergement).
de plus, si les studio acceptait de fournir gratuitement les droits d'exploitation, contre un retour financier par vu effectuer, cela leur permettrai d'exploité leur fond de catalogue, qui leur donnerais une sources financières en plus , cette source financière apporté par leur vielle production aussi faible sois t'ils permettrait au studio d avoir un font de roulement, fond qui leur permettrait de mieux se remettre d'un échec commercial, de rentabilisé sur le long terme une oeuvres qui n a pas marché.

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Par asle, il y a 2 mois :

très bon article. les gens savent très bien dire quand c'est de la merde, faut savoir également dire quand c'est très bien.

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Par PouTou, il y a 2 mois :

Super article ! comme dit plus haut, faut aussi savoir le dire quand c'est le cas ^^

Sinon, vous pourriez parler des plateformes comme Netflix et Amazon prime qui se lancé massivement dans la diffusions de certaines œuvres, niveau diffusions c'est pas mal.

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