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Les Nouveaux Mutants : autopsie d'un film raté (critique et avis sans spoiler)

De Gaetan Desrois - Posté le 27 août 2020 à 9h30 dans Cinéma

Après de nombreuses annulations, Les Nouveaux Mutants sort enfin en salles. On l’a vu, et on vous livre notre critique, garantie sans spoilers.

Une promesse intéressante non tenue

Lorsque la 21st Century Fox avait annoncé en 2015 la mise en chantier du premier film de super-héros lorgnant sur le cinéma d’horreur, on avait trouvé la promesse enthousiasmante. C’est la leçon magistrale enseignée par Alan Moore (Watchmen) et Frank Miller (The Dark Knight Returns) dans la seconde moitié des années 80 : le genre super-héroïque est toujours plus intéressant quand il révolutionne ses propres codes au contact d’autres genres.

Une leçon qui, bien apprise, a permis de donner naissance à quelques-unes des meilleures adaptations de comics au cinéma : Logan de James Mangold (2017) prenait l’apparence d’un road-trip enragé ; Joker de Todd Philipps était un thriller psychologique doublé d’une critique sociale, rappelant plus le cinéma de Scorsese (Taxi Driver, La Valse des Pantins) que The Dark Knight de Nolan.

Et confronter le genre super-héroïque au cinéma d’horreur est loin d’être une mauvaise idée. D’abord, parce que certaines adaptations de comics ont, par le passé, fait les yeux doux au gothique, genre-parent de l’horreur. On songe bien évidemment aux deux films Batman de Tim Burton (1989, 1992). Certaines des séquences les plus intéressantes visuellement du Batman Begins de Nolan (les illusions créées par L’Épouvantail) empruntaient également, dans une certaine mesure, au cinéma horrifique. Ensuite, parce que, comme le disait Moore, les super-héros sont généralement des névrosés. Et ces névroses sont un terreau suffisamment fertile pour être utilisées dans le cadre d’un film d’horreur. Enfin, l’horreur est un genre riche, pouvant se confondre dans de nombreux autres genres : Science-Fiction (Alien), policier (The Outsider), drame familial (The Hounting of the Hill House), huis-clos (The Thing), comédie (Shaun of the Dead). Ces mélanges peuvent parfois étonner, à l’image de la série de fantasy Amazon Carnival Row, tirant brillamment profit de l’imaginaire Lovecraftien. Du reste, le genre horrifique est éminemment évocateur, et permet donc de créer toutes les métaphores.

Une production catastrophique

Malgré cette belle promesse initiale, du fait d’une promotion houleuse, mouvementée, limite catastrophique, on a compris très tôt que Les Nouveaux Mutants ne répondrait pas à nos exigences. Le simple fait de reporter sa date de sortie au profit du très mauvais X-Men : Dark Phoenix n'était pas de très bonne augure...

Le premier reproche que nous pourrions faire aux Nouveaux Mutants c'est de justement passer à côté de cette promesse initiale qui nous avait séduit au début du projet. En effet, le film de Josh Boone semble constamment hésiter entre le genre horrifique promis et le teen-movie qu'il est devenu. La dimension teen-movie semble d'ailleurs bien plus assumée que la dimension horrifique. Cela se ressent, notamment, au niveau de l'équipe artistique réunie pour l'occasion. Mis à part Maisie Williams (révélée dans Game of Thrones) et Anya Taylor-Joy (The WitchPeaky Blinders), le casting est composé d'acteurs révélés dans des séries à destination des adolescents : Henry Zaga (13 Reasons WhyTeen Wolf), Blu Hunt (The Originals), Charlie Heaton (Stranger Things). Chacun semble avoir beaucoup de mal à donner de la consistance au personnage qu'il est censé interpréter

Autre point qui nous permet d'affirmer que Les Nouveaux Mutants n'assume pas son projet d'être un film horrifique : comme l'ont dit avant nous certains confrères, le film ne tire aucunement partie du lieu de l'action (un hôpital psychiatrique), et préfère concentrer ses effets sur des jump scare reposant sur une mécanique beaucoup trop éculée. Cela vient entre autre du fait que Josh Boone n'est pas un réalisateur de films d'horreur. Révélé pour le film Nos étoiles contraires, le réalisateur américain semble trop peu à l'aise pour satisfaire les amateurs de cinéma d'horreur et les amateurs de films de super-héros.

Surtout, le film semble presque toujours éviter sa propre métaphore, celle des débuts de la puberté. Pourtant, le chemin était balisé, puisque le genre horrifique avait déjà permis de traiter la question, avec Carrie au bal du Diable de Stephen King, et sa formidable adaptation réalisée par Brian De Palma. 

Un manque d'ambition 

Le film est également problématique dans son absence d'ambition au sein de l'univers Marvel. En effet, conscient du fait que le film tournerait définitivement la page Marvel de la 21st Century Fox, le film prend à peine le temps donner corps à un univers déjà développé (certes de manière insatisfaisante) dans les films précédents. S'il est bien ici question de mutants, le film aurait bien pu ne pas être estampillé Marvel, le résultat aurait le même. On rappelle qu'il avait été un temps question d'une scène post-générique faisant le lien avec le Marvel Cinematic Universe développé par Disney, nouveau propriétaire de la Fox, mais cette problématique a rapidement été éludée par la production.

L'une des grandes faiblesses des Nouveaux Mutants, c'est bien évidemment sa durée : 1h34. Ce qui en fait, il nous semble, le film de super-héros le plus court de ces dernières années. On devine bien sûr derrière cette durée un film charcuté en post-prod. Il en résulte le fait que Les Nouveaux Mutants semble perdre toute consistance, le film prenant à peine le temps de définir ses personnages, dont certains, uniquement perçus par le prisme de leurs névroses, apparaissent au spectateur comme étant proprement insupportables.

Conclusion

Pour conclure, Les Nouveaux Mutants n'est ni un bon film d'horreur, ni un bon film de super-héros, et pousse le vice au point de ne pas être un bon nanar. En cause : un film charcuté en post-prod, un studio qui ne semble pas assumer son choix de produire un film d'horreur, et une équipe artistique (réalisateur + casting), qui ne comprend pas les enjeux, et font des Nouveaux Mutants un teen-movie. Sans être un moment difficile à passer, le dernier film Marvel développé par la Fox, compte tenu de ce qu'il aurait pu être, nous apparaît finalement assez vain. 

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Commentaires (13)

Par Sid le Paresseux, il y a 2 ans :

Merci de me faire économiser 11 balles

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Par Jean-Michmuche, il y a 2 ans via l'application Hitek :

Je vais le download

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Par Dobermann, il y a 2 ans :

Même sans lire les critiques, je pense que pas grand monde était intéressé par ce film. Rien que la bande annonce ne donnait pas envie. Et même après 12 bandes annonces, ça ne prenait toujours pas.

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Par Tumeritestontroll, il y a 2 ans (en réponse à Dobermann):

C est clair, et svp arretez de montrer cette maisie williams de partout. Beuerk

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Par Pris, il y a 2 ans via l'application Hitek (en réponse à Tumeritestontroll):

Ptdr en 10 ans on l'a vu dans 1 série, 2 clip musicaux, et 1 gros film. Tu parles de quoi toi, les problèmes du films dépassent le choix de cast d'un des persos

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Par Sonta, il y a 2 ans (en réponse à Dobermann):

Je suis pas forcément d'accord. La bande annonce me hypait personnellement. L'ambiance, le casting ect

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Par LePornologue, il y a 2 ans :

The Originals est une très bonne série par contre, pas touche ! =p

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Par Flo, il y a 2 ans :

"Nouveaux Mutants… » Mais pas tant que ça en fait.

Si on reprend vraiment du début, l’idée derrière le comic originel pourrait bien être que l’auteur Chris Claremont y écrive une version moderne des premiers X-Men, adaptée à l’époque présente (du moment). Plus seulement les adultes dont il avait la charge, mais des adolescents dont les affres de la puberté sont exacerbés en plus par l’émergence de pouvoirs mutants etc… Il avait déjà le personnage de Kitty Pryde pour ça, mais elle n’en restait que la mascotte des X-Men officiels.

Or avec les Nouveaux Mutants, force est de constater que même à l’époque, on en restait encore aux mêmes clichés des jeunes super héros, bien gentils en fin de compte, qui doivent toujours avoir un vilain à affronter physiquement.
Même « punition » qu’avec les Teen Titans de la concurrence (aux graphismes un peu plus attrayants) : en fin de compte, on y a eu des adolescents qui sont légèrement rebelles à l’autorité, qui se disputent sans trop se faire du mal, qui sont hypocritement érotisés (de régulières scènes dénuées avec les filles, mais au final très peu d’hormones en folie). Encore trop « bons » pour être honnête, censure américaine oblige.
Avec les tics d’écriture de l’auteur, on se retrouvait donc avec toujours la même chose… Et il fallut aux Mutants l’arrivée de l’artiste Bill Sienkiewicz pour dynamis(t)er le tout, et en faire quelque chose de plus ardu, tordu et bizarre, plus imprévisible et Jeune… Culte, mais Brièvement.
Ils restaient tout de même attachants pour le Public au fur et à mesure, mais sans plus.

Et personne pendant toutes ces années pour penser à réécrire l’origine de ces personnages un peu plus comme de « vrais » ados.
Jusqu’à ce que l’idée logique d’un film permette un peu de mettre à jour tout ce beau monde.
Ainsi, dans ce film, la Mutation est traitée de manière plus actuelle, les préjugés ayant explosés ces dernières années, s’accompagnant d’un triste pragmatisme qui est que ces manifestations de puberté peuvent aussi tuer (des proches).
Aucun des personnages n’est à l’abri de ça, ce qui les lie en particulier dans le contexte du film (qui fait aussi le lien avec les films « XMDOFP » et « Logan »).

Alors, si les garçons y restent juste fidèles à leur modèles d’origine (Sam le bon gars et Roberto le vantard cool – décalques de Scott et Bobby des premiers X-Men), ce sont bien les filles qui ont le beau rôle du film, sans le rendre ostensiblement féministe :

Dani en tête, délestée d’une bonne partie de tout son folklore Natif originel, que ce soit les bottes à franges, le physique longiligne, les nattes, le bandeau avec les plumes et le caractère fier et revêche – comme si son existence servait Claremont à se faire pardonner d’avoir jadis sacrifié le héros « Indien » John Proudstar/Thunderbird…
En l’allégeant, ne laissant les clichés communautaires associés qu’aux provocations d’Illyana, il en reste une ado « normale » (qui se trouve donc être aussi d’origine Native), traumatisée par la mort et la violence du Monde, et qui essaye de s’en sortir comme elle peut.
Même son lien avec Rhane, qui elle même n’est plus autant la petite chose un peu craintive des comics, se débarrasse du cliché de « l’indien qui communie avec les animaux »… Dans la même logique un peu réaliste, il s’agit surtout pour elle deux d’une attirance affective et impulsive.

Impulsive, Illyana l’est aussi en étant la grande gueule de service du Groupe, Forte et (trop peu?) Fragile à la fois. Le personnage le plus « poilant » du film, là où celui de Cecilia Reyes manque de caractéristiques pour nous faire croire qu’une Mutante puisse travailler ainsi contre les siens.
En fait, avec un Huis-Clos de presque 1 heures et demie, il ne faut pas attendre plus de profondeur pour tous, ni même de beauté et sagesse etc… Bref, tout ce qui compose un peu trop systématiquement les « bons » films sur l’adolescence.
Exit ce formatage, on a ici des ados pressés qui aiment et détestent vite (et inversement), qui vivent vite pour ne pas mourir trop tôt, qui sont bêtes puis responsables dans la foulée…
Le Montage du film ne prend pas assez son temps ? Et bien eux non plus, confinés qu’ils sont au sens propre (c’est d’actualité) et figuré, vu le temps qu’il a fallu pour sortir au cinéma.

Avec une jolie musique de Mark Snow (qui a travaillé il y a des années sur la tout aussi adolescente série « Smallville »), une imagerie correcte, de sympathiques bastons et des méchants un peu horrifiques et pas banals… mais un Antagoniste Final qui est un trop gros morceau Stylistique pour l’Anti-Climax qui est censé conclure l’histoire – en gros, les uns trouvent une bonne raison de déchaîner leurs pouvoirs, mais le But Réel est en fait la Résilience…

Avec tout ça donc, on peut considérer que le réalisateur Josh Boone y réussit un peu mieux ce que le film « Dark Phoenix » ratait, la faute à une ambition mal gérée : faire effectivement un film Intimiste, un peu « Série B », un peu plus crû que la moyenne, mais avec des personnages de comics qui étaient pile dans la configuration adéquate pour être enfin traités plus comme des « Monstres du Réel malgré eux », plutôt que comme des apprentis super héros complets.
Même si la série TV « Misfits » peut être identifiée comme supérieure, dans un genre similaire.

Et puis, qui a dit que ce serait une Conclusion ? On aimerait bien les revoir ceux là…

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Par Murge, il y a 2 ans (en réponse à Flo):

Jolis plume, bien meilleure que celle du rédacteur de l'article.

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Par Gaetan, il y a 2 ans (en réponse à Flo):

Bonjour, merci d'avoir publié votre avis sur le film. Nous avons des avis divergents mais vous participez au débat, et c'est un plaisir.

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Par Zephys, il y a 2 ans (en réponse à Flo):

Merci pour ce commentaire, bien + éclairé et connaisseur que celui du rédacteur !
Il n'y a rien à faire, un rédacteur "généraliste" ne pourra jamais en égaler un qui connait le sujet.

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Par Zephys, il y a 2 ans :

o n'apprend strictement rien dans cet article oO
Contenu:
- 1er paragraphe: Un pavé concernant le mélange de styles "super-héros" et horreur, qui parle de tout sauf d'éléments du film qui nous intéresse ici.
Il n'y a aucun indice qui pourrait laisser entendre que le rédacteur a vu le film.
- 2ème paragraphe sur les conditions de production. Que des généralités. Le film a été bâclé, les acteurs mal dirigés et la post-prod castratrice? Bienvenue dans le cinéma de ces 20 dernières années, rien de propre à ce film-ci. Ce ne sont que des généralités qui collent à 99.99% des films pop-corn de ces dernières décennies.
Il n'y a ici non plus aucun indice qui pourrait laisser entendre que le rédacteur a vu le film, à part la référence aux "jump scare" visibles dans la bande annonce.
- 3ème paragraphe: Une supposition vague et des explications superficielles sur le pq du comment le film a été bâclé.
Toujours pas le moindre indice qui pourrait laisser entendre que le rédacteur a vu le film.

Rien concernant la qualité de l'adaptation?
Et les éléments propres au film comme la mise en scène? L'éclairage? La bande son?
C'est bien beau de parler de qqch, mais je doute que le rédacteur a vu le film. Il sait tourner ses phrases ( quand il n'oublie pas de mots dedans comme il l'a fait plusieurs fois dans l'article ), mais il ne donne en réalité aucune info pertinente. Tout n'est que généralités et lapalissades, comme s'il avait écrit un horoscope. En vérité, rien n'est estampillé " Nouveaux-mutants" dans cet article, hormis les rares fois où le rédacteur cite le titre du film.
La seule démarche professionnelle que le rédacteur a assurément faite pour ce texte est d'avoir été chercher la filmographie des acteurs sur wikipedia, car je ne pense pas qu'il ait vu le film vu sa manière d'en parler.

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Par Brennos, il y a 2 ans :

Qand la redac confond critique de film avec critique tout court..
Pas tout à fait d'accord avec le rédacteur.. Bon les goûts et les couleurs c'est une affaire perso..
Mais à force de descendre tous les films on va finir par avoir des films lisses sans aucun intérêt..
Certes, le film est court et manque de consistance, cependant l'histoire de chaque personnage est quand même introduite et reste assez claire.
Les acteurs sont très prometteurs et les super héros qu'ils incarnent sont vraiment lourds, cela fait vraiment du bien d'introduire de nouveaux supers héros avec de belles surprises à la clef.
Une petite intrigue en toile de fond laisse planer un petit suspens assez prenant.
Pour le genre film d'honneur on aura vu plus terrifiant mais personnellement je laisserai pas un petit regarder le film, il aura matière à faire de bons cauchemars..
En bref film sympa, les amateurs de super héros s'y retrouveront.

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