Focus sur Alan Moore (partie 2) : ses chefs d'oeuvre méconnus

De Gaetan Auteur - Posté le 19 juillet 2017 à 15h13 dans Mangas/Comics

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En janvier 2016, nous avions dédié à Alan Moore un premier focus, traitant de huit de ses plus grands chefs d’oeuvre : V pour Vendetta, Watchmen, Batman : The Killing Joke, From Hell, La Ligue des Gentlemen extraordinaires, Top 10, Neonomicon et Providence. Et bien que depuis la parution de notre premier focus dédié au plus grand scénariste de l’Histoire de la BD (n’ayons pas peur des mots!), il ait annoncé qu’il prendrait sa retraite, et qu’il n’écrirait plus de comics, l’actualité du scénariste (romancier, magicien, anarchiste, chanteur, végétarien, etc) anglais est toujours pleine de surprises. Ne serait-ce qu’en 2017, nous avons déjà pu découvrir l’un de ses chefs d’oeuvre méconnu, Monster, ainsi qu’une anthologie d’horreur qu’il a dirigée avec son ami dessinateur Kevin O’Neill, Cinema Purgatorio. Nous attendons également avec impatience le troisième et dernier tome de sa série Providence (qui sortira fin juin chez Panini Comics) ainsi que la traduction de son gigantesque roman-fleuve, encensé par la critique, Jérusalem, qui sortira en France fin août 2017. Nous avons très envie de vous faire voyager à travers les méandres de l’oeuvre d’Alan Moore, en vous présentant cette fois-ci des chefs d’oeuvres malheureusement trop peu connus. 

1. 1982 : Captain Britain

Si Captain Britain n’est pas à proprement parler le premier travail d’Alan Moore (le scénariste anglais avait déjà dessiné et scénarisé de nombreux strips pour des magazines britanniques, tels que The Stars My Degradations ou Maxwell the Magic Cat), il s’agit de son premier gros travail pour une grosse maison d’édition : Marvel. Captain Britain, comics créé par Chris Claremont et Herb Trimpe (afin de toucher le public britannique), n’a jamais cessé de péricliter depuis sa création en 1976. Jusqu’à ce qu’Alan Moore reprenne le personnage. La mission d’Alan Moore n’est pas simple : il doit clarifier un univers et un personnage qu’un trop grand nombre de remplacements de scénaristes n’a fait que rendre toujours plus confus. Moore, bien qu’il ne soit pas particulièrement expérimenté (il a appris la narration au moyen des strips), s’en sort exceptionnellement bien. Il faut dire qu’il frappe fort… en tuant le personnage principal dès le deuxième épisode, ce qui permet de reconstruire entièrement le personnage et la mythologie qui l’entoure. Son travail sur les comics de Doctor Who et de Star Wars lui ont appris à manier les mythologies pré-existantes, et cela se ressent dans Captain Britain

captain britain

L’influence de son travail sur Doctor Who ne doit pas être négligée. En effet, Moore s’octroie la possibilité d’inclure dans Captain Britain son invention dans les épisodes de Doctor Who : L’Armée Secrète. Cette extension de l’univers Marvel vers Doctor Who a eu pour effet de rendre plus passionnant encore les épisodes de Captain Britain écrits par le célèbre scénariste anglais. À tel point que l’univers et les personnages qu’Alan Moore et son acolyte Alan Davis ont créés sont bien plus intéressants, selon leur propre aveu, que le personnage principal lui-même. Si Alan Moore n’a que très peu travaillé pour Marvel (il me semble que Captain Britain est son seul run pour la Maison des Idées), c'est notamment dû à des désaccords d’ordre financier et éthique. Ses épisodes de Captain Britain font partie des meilleurs runs de la mythologie Marvel. 

Pour l’acheter : Captain Britain, publié par Panini Comics, 17 euros.

2. 1982 : Miracleman

Miracleman

Miracleman est la première série d’Alan Moore pour le magazine Warrior (magazine anglais pour lequel Moore écrira V pour Vendetta), et second travail d’envergure pour le scénariste anglais. Avant de continuer, je tiens à faire une petite précision : du temps où Moore l’écrivait, la série ne s’appelait pas Miracleman, mais Marvelman. Mais à cause de litiges judiciaires avec Marvel, Warrior est contraint de rebaptiser la série et son héros Miracleman, contre la volonté d’Alan Moore. Ce sera le début d’une longue suite de désaccords, entre Moore et l’éditeur, et entre Moore et Davis, son dessinateur, qui auront pour conséquences l’arrêt de la série par Warrior après 21 numéros, et le refus d’Alan Moore de toucher le moindre sou sur cette série. Cependant, pour éviter de s’emmêler les pinceaux, nous nommerons la série Miracleman, parce que c’est sous ce nom qu’elle est éditée désormais. Ainsi, au début des années 80, Alan Moore reprend, sous les conseils de son ami Steve Moore, une série anglaise, Miracleman. Alors que la série des années 50 était très kitch et enfantine, Alan Moore la modernise, en la rendant plus réaliste. Ainsi, sous la plume de Moore, Mike Moran, l’alter ego de Miracleman, est amnésique, et ne se souvient plus de la formule qui lui permettait de devenir Miracleman. On remarque par ailleurs que comme plus tard dans Promethea, c’est la magie qui permet le passage de l’être humain au super-héros ; la magie étant l’une des grandes obsessions du scénariste. Il est marié, quarantenaire, bedonnant. Ce n’est que lorsqu’il est pris dans une attaque terroriste qu’il parviendra à se souvenir de la fameuse formule magique (« kimita »). Une fois la formule réapprise, Miracleman se comportera comme le ferait n’importe qui, qui se rendrait compte qu’il a la capacité de voler. Car oui, dans Miracleman, Alan Moore crée un nouveau type de super-héros : le super-héros radicalement humain. Un concept qu’il optimisera dans son chef d’oeuvre, Watchmen. Bien dessiné, magistralement bien écrit, Miracleman est un chef d’oeuvre, que je conseille à tous les fans de Moore. Alan Moore fera trois passages consécutifs sur cette série qui, aujourd’hui, comble de l’ironie, appartient à Marvel. Après son troisième passage sur la série, Alan Moore confiera le scénario de Miracleman à son ami, élève et compatriote, Neil Gaiman, le génie surdoué, à qui l’on doit (entre autres chefs d’oeuvre) Sandman, Coraline et American Gods. D’ailleurs, quand il renoncera à ses droits à la série, il donnera sa part à Neil Gaiman. Cependant, son nom a été effacé par l’édition française de Miracleman. Mais ne vous y trompez pas : le premier tome est bien intégralement écrit par Alan Moore. Le tome 4 de la série publiée en France est, quant à lui, intégralement de Neil Gaiman. 

Pour l’acheter : Les quatre tomes de la série sont publiés par Panini Comics. Le premier tome, écrit par Alan Moore (bien qu’il ne soit pas mentionné), coûte 15 euros.

3. 1983-1987 : Swamp Thing

Bien qu’il ait déjà quelques chefs d’oeuvre à son actif (Captain Britain, Miracleman ou encore V pour Vendetta), Alan Moore n’est pas encore au sommet de sa notoriété. Mais il lui faudra un appel de Len Wein, le créateur de Wolverine et de la série Swamp Thing, pour changer la donne. Quand Alan Moore accepte de reprendre la série de Len Wein pour DC Comics, Swamp Thing patauge : non pas que la série soit particulièrement confuse, non, mais la baisse de régime de la série (et des ventes) résulte tout simplement du concept lui-même. Alan Moore a d’ailleurs bien résumé la situation par ces mots : « Tout le bouquin reposait sur l’histoire tragique d’un individu qui était, grosso modo, Hamlet recouvert de morve. Il se balade en pleurant sur son sort. Et tout le monde sait que sa quête pour retrouver l’humanité qu’il a perdue ne mènera à rien. » (source : Alan Moore : une biographie illustrée, de Gary Spencer Millidge) Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire de Swamp Thing, voici un très bref résumé. Un scientifique, Alec Holland, cherche à résoudre la faim dans le monde. Mais une de ses expériences tourne mal, son laboratoire explose, il tombe dans le marais que jouxtait son laboratoire, et il se transforme en une créature de vase, la Créature du Marais, The Swamp Thing. 

Swamp Thing

Quand Marty Pasko démissionne de son poste de scénariste, après le numéro #19, l’intrigue qu’il développait n’est pas terminée (pas très pro…). Le créateur de la série, qui était également son responsable éditorial auprès de DC Comics, cherche donc un nouveau scénariste, talentueux. Il s’intéresse grandement à Alan Moore, dont il a aimé les travaux publiés par la revue anglaise 2000 AD, comme D.R. & Quinch et La Ballade de la Halo Jones (deux chefs d’oeuvre dont nous parlerons dans la troisième partie de ce focus). Et on connaît la suite : Alan Moore accepte, et surprend le public en scénarisant 45 épisodes dans lesquels, non content de redéfinir complètement le personnage principal, il révolutionne la fiction horrifique et le monde des comics. Après avoir brillamment conclu toutes les intrigues laissées en suspens par Marty Pasko dans The Saga of Swamp Thing #20, épisode dans lequel il tue le personnage principal, comme il l’avait fait dans Captain Britain, Moore révolutionne tous les acquis du lecteur dès l’épisode #21, intitulé La leçon d’anatomie. Dans cet épisode, un ancien super-méchant de l’univers DC, Jason Woodrue, aka Floronic Man, fait l’autopsie de la Créature du Marais, et fait une incroyable découverte : The Swamp Thing n’était pas Alec Holland transformé en créature, mais seulement une plante avec la conscience d’Alec, mort dans l’explosion. Cette annonce a un double-effet : non seulement une plante ne meurt pas d’une balle dans la tête (ce qui signifie que la Créature vit encore), mais en plus, que sa quête de retrouver son humanité est vaine, puisqu’elle n’a jamais été humaine. Cet épisode est extrêmement représentatif du travail de Moore sur la série. Non content d’établir un scénario solide, l’écriture est fluide et poétique. Comment ne pas tomber à la renverse quand un comics commence par ces mots : « Il pleut sur Washington, ce soir. Une chaude pluie d’été, dont les lourdes gouttes s’écrasent en taches rondes sur les trottoirs. En ville, les vieilles dames sortent leurs plantes vertes sur les escaliers de secours, comme s’il s’agissait de parents infirmes ou d’enfants rois… J’aime ça. » Les épisodes de The Saga of Swamp Thing par Alan Moore sont époustouflants. D’une profonde intelligence, Moore y aborde des thèmes tels que le racisme, l’écologie, la drogue, et ce dans un contexte gothique. C’est également pour le scénariste l’occasion de tester de nouvelles techniques poétiques dans le médium BD. Ainsi, Flash est-il « un homme qui court si vite que sa vie n’est qu’une galerie de statues sans fin ». Avec son style très évocateur et poétique, Alan Moore révolutionne les comics, et emmène, accompagné de deux excellents dessinateurs, Stephen Bissette et John Totleben, le genre vers des contrées insoupçonnées. Ainsi, tout l’épisode #34, appelé Le Sacre du Printemps, est juste une scène d’amour psychédélique. Autre grand apport de Moore dans Swamp Thing, la création du magicien John Constantine, personnage tellement adoré des fans qu’il aura droit à sa propre série, Hellblazer, scénarisée par quelques-uns des plus grands scénaristes de comics, dont Garth Ennis (Preacher, The Punisher), Warren Ellis (Transmetropolitan, Planetary) ou encore Brian Azzarello (100 Bullets, The Dark Knight : The Master Race, avec Frank Miller).

Malheureusement, comme bon nombre de chefs d’oeuvre d’Alan Moore, Swamp Things n’est plus publié en France. Étant donné que The Saga of Swamp Thing est une série de DC Comics, ce devrait être Urban Comics qui devrait la rééditer en français. J’ai demandé aux responsables d’Urban Comics si une sortie prochaine de l’intégrale des épisodes de Swamp Thing était prévue dans l’Hexagone. Voici leur réponse (qui ravira les fans) : « Deux tomes de Swamp Thing sont prévus, mais nous n’avons pas encore les dates précises. » Vous pouvez néanmoins lire, comme je l’ai fait, les épisodes publiés autrefois par Panini Comics en bibliothèque.

4. 1986-1988 : Les Derniers jours de Superman

Si on retient majoritairement de la collaboration entre Alan Moore et DC Comics ses chefs d’oeuvre Watchmen, Swamp Thing, Batman : The Killing Joke et la seconde partie de V pour Vendetta (la Distinguée Concurrence avait repris la série, suite à la fin du magazine anglais Warrior, alors que la série était loin d’être terminée), il ne faut néanmoins pas oublier d’autres travaux de Moore pour le Géant de l’édition américaine, certes plus discrets, mais qui valent bien évidemment (comme tout ce qu’a écrit Alan Moore) le coup d’oeil. En 2016, nous avons pu ainsi (re)découvrir, dans une petite anthologie intitulée Les derniers jours de Superman, le travail d’Alan Moore sur l’Homme d’Acier, avec notamment la réédition du diptyque Qu’est-il arrivé à l’Homme de demain ? (en anglais : Whatever Happened to the Man of Tomorrow?), publié en 1986, du Superman Annual 11, intitulé Un homme comblé (en anglais : For the Man who has everything), publié en 1985, et du cross-over Superman / Swamp Thing, nommé Panique dans la jungle (The jungle line, pour la version anglaise). Bien sûr, ne vous attendez pas à la profondeur des œuvres plus amples d’Alan Moore. Ces histoires, presque autoconclusives, sont beaucoup trop courtes (bien qu’avec Killing Joke Alan Moore nous a montré que la longueur d’une œuvre n’était plus un gage de qualité), beaucoup trop anecdotique dans le monde de l’édition DC, pour avoir la profondeur, la noirceur et la poésie d’un Watchmen, d’un From Hell ou d’un Providence. N’empêche que le scénariste s’en sort magistralement bien : les scénarios sont complexes, les dialogues bien écrits, les dessinateurs (dont Dave Gibbons, son acolyte sur Watchmen) sont très bons. À noter également qu’avec son diptyque Whatever happened to the Man of Tomorrow ?, dans lequel il imagine la mort de Superman, racontée par Lois Lane, Moore offre là un modèle qui sera repris plus tard par nul autre que son ami (et élève) Neil Gaiman, qui écrira une petite pépite sur la mort de Batman, intitulée Whatever happened to the Caped Crusader ? 

Les Derniers jours de Superman

D’autres histoires courtes de Moore pour DC Comics ont été publiées en France, chez Panini Comics, dans l’anthologie L’univers des super-héros DC par Alan Moore. Y figurent, en plus des trois mini-séries Superman pré-citées, trois histoires auto-conclusives de Green Lantern, dont l’épisode Tygers, qui figurait dans DC Comics Anthologie, publiée par Urban Comics, ainsi qu’un cross-over entre Green Lantern et Black Canary, et un épisode de Batman, Mortal Clay. On regrette le fait que, comme bons nombres de comics d’Alan Moore (beaucoup trop, d’ailleurs), cette édition n’est plus éditée. On espère cependant qu’Urban Comics publiera une édition du travail de Moore sur Green Lantern, comme ils l’ont fait avec Superman. De même, il ne serait pas idiot de faire une édition du travail de Moore sur Batman, avec son Killing Joke et Mortal Clay. Mais quand on sait l’excellence de cette maison d’édition française, on ne se fait pas trop de soucis ! En attendant que cet heureux jour arrive, de nombreuse bibliothèques possèdent un exemplaire de L’univers des super-héros DC par Alan Moore. Si l’une des bibliothèques municipales ou universitaires de votre ville en possède un exemplaire, courrez l’emprunter, tous ces épisodes valent d’être lus !

Pour l’acheter : Les derniers jours de Superman peut être trouvé chez Urban Comics, pour 15 euros.

5. 1988 : Le Miroir de l’Amour

Nous sommes en 1988. Alan Moore est au sommet de sa gloire, les journalistes du monde entier s’arrachent le génie anglais qui a écrit V pour Vendetta et Watchmen. Dans sa vie personnelle, Alan Moore est marié, vit avec ses deux filles, sa première femme, et leur maîtresse commune. Si ce « trouple » vous surprend, ceux qui connaissent Moore ne peuvent être véritablement étonnés… Bref, Alan Moore jouit des jours qui passent, au sein de cette configuration conjugale extraordinaire, qui lui permet de moins ressentir la pression due à son immense célébrité. Mais en 1986, le Local Government Act voit apparaître une Clause 28, qui interdit aux autorités locales d’Angleterre et du Pays de Galles de « promouvoir l’homosexualité ». Profondément choqué par cette mesure, Alan Moore, pour qui la liberté sexuelle est une priorité, répond par la création d’une anthologie de bande-dessinée appelée AARGH (pour Artists Against Rampant Government Homophobia). Il sera rejoint par des pontes de la bande-dessinée britannique et américaine, dont Frank Miller et Neil Gaiman (rien que ça!). La pierre angulaire de cette anthologie, c’est un poème d’Alan Moore : Le Miroir de l’Amour

Le Miroir de l’Amour

Il s’agit d’un des textes les plus beaux et les plus émouvants écrit par Moore (ce qui n’est pas peu dire quand on sait son talent poétique). Dans ce poème de plus d’une centaine de vers, Moore raconte l’Histoire de l’homosexualité, des premiers jours de la Vie sur Terre à aujourd’hui. Il commence par ces vers : « Même avant de prendre pied sur Terre / les choses s’aimaient librement, / ignorant les sexes. / Un désir aveugle / qui transforma la vase en poisson, / le poisson en singe : / sous l’action du sexe, / ce glorieux moteur de la vie / touillant la boue. / Les animaux n’ont pas oublié : / les dauphins continuent / de s’ébattre / avec des partenaires des deux sexes, / et leurs extases / résonnent à des lieux. » Non seulement le texte est magnifique, mais il est aussi d’une intelligence rare ! Pour retracer l’histoire de l’homosexualité, Alan Moore a fait de nombreuses recherches, convoquant de célèbres figures  homosexuelles de l’Histoire, telles que « l’exquise Sapho / [qui] évoquait la myrrhe / qu’elle versait sur la tête de son amante » ou encore « Michel-Ange […] / qui leva les yeux vers / le ciel bigarré de la Chapelle Sixtine, / et murmura à l’oreille de son cher Tommaso / qu’au contraire de ces vaines hordes malfaisantes / qui attribuent à d’autres leurs plus bas instincts, / son amour et sa foi / le comblaient de joies pures. ». Le Miroir de l’Amour est un texte plein d’espoir, véritable ode à l’amour et à la liberté. Je pense que Clive Barker, l’auteur de Hellraiser, est celui qui aura le mieux décrit ce chef d’oeuvre intemporel : « Unique, veau, un puissant mariage de paroles et de visions, de faits et de sentiments. À la fois témoignage, histoire et célébration. Un livre merveilleux. » Pour ma part, je garderai longtemps en mémoire les derniers vers de ce poème flamboyant : « Tant que durera la vie, / nous nous aimerons, / et après, si ce ce qu’ils disent est vrai, / me sera interdite l’entrée d’un Paradis / gorgé de papes, de flics / et de fanatiques ; / au lieu de cela, je brûlerai heureux / auprès de Sappho, de Michel-Ange / et de toi, mon amour. / Après de toi, / je brûlerais pour l’éternité. » Lisez ce poème, publié en France par les éditions Carabas Révolution, où il est accompagné des sublimes photographies de José Villarrrubia. Pour finir, pendant toute la lecture de ce poème, j’ai gardé en mémoire le personnage de Valérie, femme homosexuelle et morte dans un camp de concentration, dans le chef d’oeuvre dystopique d’Alan Moore, V pour Vendetta. On regrette que ce chef d’oeuvre ne soit plus publié en France. Vous pouvez cependant le lire en bibliothèque...

6. 1995 : La Coiffe de naissance

Vous le savez sans doute pas, mais non content d’être le plus grand auteur de bandes dessinées du monde, grand romancier, scénariste de cinéma, anarchiste, végétarien, Alan Moore est également un chanteur et un magicien. Son intérêt pour la magie date depuis l’enfance. Mais ce n’est qu’en écrivant sa fresque monumentale From Hell, en 1995, avec Eddie Campbell pour la revue Taboo, que le génie anglais a décidé qu’il deviendrait magicien. Depuis cette sensationnelle résolution, Moore a fait de nombreux spectacles, où la magie se mêle à la musique. Si La Coiffe de naissance n’est pas à proprement parler un spectacle de magie, il s’agit d’un long texte poétique dans lequel la magie est au coeur, accompagné par la musique de David J. et Tim Perkins. Comme dans From Hell, lors de la longue ballade de sir William Gull et de son cocher dans Londres et le quartier de Whitechapel, Alan Moore développe son concept de psychogéographie : l’étude de l’influence des lieux sur la psyché des personnes qui les habitent. La Coiffe de naissance a eu une seule représentation, au vieux tribunal de comté de Newcastle-upon-Tyne, le 18 novembre 1995 (jour où Moore fêtait son quarante-deuxième anniversaire). Bien évidemment, ce lieu aura une grande importance dans ce texte splendide, que Gary Spencer Millidge, le biographe d’Alan Moore, considère comme étant l’un de ses plus gros chefs d’oeuvre. 

La Coiffe de naissance

Pour que vous puissiez vous figurer ce que peut être la psychogéographie moorienne, voici un extrait du début de ce spectacle extraordinaire : « Ici se trouvait la patrie des Votadini quand ils soufflaient sur les flammes et faisaient pleurer aux rochers des larmes de fer, huit cents ans avant que le bracelet doré de Rome ne fonde sur nous. En l’an 123 de notre ère, l’empereur Hadrien avait déjà remblayé une massive muraille de terre tout le long de cette frontière septentrionale de l’Empire… Une division Nord / Sud dont nos plus récents conquérants ne peuvent que rêver. Rebâti ensuite en pierre par Sévère afin de résister à la guerre civile du IIIème siècle et d’étouffer les étincelles sous l’acier des Saxons… Ce mur repose maintenant sous la chaussée de façade de ce bâtiment, sa ligne fidèlement poursuivie par Westgate Road. La barrière est submergée, son avertissement est implicite. Ensuite, mile ans d’herbe avant que les murs du jardin du presbytère de de Newcastle ne s’élèvent pour nous entourer. Les psaumes lointains qui arrivent de l’église St John, de l’autre côté du terrain. Une lumière de verger. Puis, l’industrie. Les usines se pressent les uns contre les autres comme si elles craignaient de voir éclater la violence, et la populace dépasse les limites de son système sanitaire. Dans les années 1820, la fièvre typhoïde ; chaque rare brise emporte le parfum de la sueur et des glaires. Un quartier à fièvre. Des terrains marqués par la pestilence et les massacres anciens où, en 1864, ce tribunal de comté est érigé, le site passant des militaires à l’Église et, quand la religion ne peut rien, entre les mains de la loi. À l’extérieur, les chevaux marchent sur des pavés, qui résonnent dans le coeur gonflé et encombré de la ville. Des voitures leur succèdent, puis encore plus de voitures, un flot cyclonique de bruit, de gaz d’échappement et d’acier coloré. Les usines naissent, prospèrent un court moment, puis deviennent des coquilles vides, tandis que les enseignes des magasins peintes à la main sont remplacées par des logos : Knickerbox, Popsock, Todshop. Le même sigle réitéré, le même cercle magique de noms autour de chaque centre-ville, la même architecture : Docklands über alles. Et chaque ville frappée du même sceau sculpté dans une pomme de terre malade, le grand retapissage final de l’Angleterre. Le vieux tribunal de compté joue le mépris. Ses lignes classiques réfutent le siècle. À l’exception d’un épisode final de Spender, le département des accessoires soucieux de sortir les volumes de jurisprudence du XIXème siècle les plus rongés  aux vers, jusqu’à ce qu’on les informe qu’il n’y avait pas de fraude sur la TVA à l’époque. C’est ici que nous venons mettre fin à nos mariages. C’est ici que nous venons disputer nos enfants. » 

Mais, comme je l’ai dit plus tôt, La Coiffe de naissance n’est pas qu’une simple étude de psychogéographie. C’est beaucoup plus. Alan Moore commence son récit par la mort de sa mère : « Il y a trois mois, ma mère meurt dans le même hôpital où, le 18 novembre 1953, elle me donne naissance. » En fouillant dans ses affaires, il trouve un « superbe talisman », « la coiffe de naissance [qui] dort dans ses plis en lambeaux, aussi mince et définitive qu’une emprunte digitale. » La coiffe de naissance « est une membrane de en forme de campanule qui fleurit dans le sac amniotique et masque la tête du bébé à la délivrance. Sa présence est occasionnelle. Son but est obscur. » En dépliant petit à petit la coiffe de naissance, Moore remonte le cour de son existence, jusqu’à sa propre naissance. Véritable joyau de poésie, Le coiffe de naissance est effectivement l’un des plus gros chefs d’oeuvre de son auteur, preuve s’il en est qu’il est aussi le plus grand poète de son temps. Vous en doutez ? Alors lisez cet extrait : « La coiffe de naissance est un monstrueux bivouac de l’âme imminente sur les froids plateaux qui dominent le monde. La coiffe de naissance est un plan des rues de l’Atlantide : silencieuses avenues noyées de nos commencements, perdues dans le mythe et l’emballage ventral. La coiffe de naissance est le journal qui cache notre visage pendant le transport vers la vie, anonyme derrière l’actualité sanglante. La coiffe de naissance est notre solitude extatique et érotique : à peine avons-nous des mains qu’elles sont entre nos cuisses. La coiffe de naissance est la partition d’une sublime et terrible symphonie notée en rouge sur une portée de mucosités. La coiffe de naissance est une chrysalide où incubent vanité et miracle : nos chefs d’oeuvre, tout notre amour, et les camps de la mort. La coiffe de naissance est le rêve complexe que nous faisons de rien, quand il n’y a rien d’autre à rêver. C’est la seule étiquette de bagage qui nous identifie dans la salle d’attente avant que l’on appelle notre nom et qu’étant nommés, nous ne fassions plus partie du tout. C’est le plan d’architecte à partir duquel on estime le coût puis on commence les travaux. De là procède toute notre structure tant vantée : colonne et flèche, notre nef, notre crypte et notre angle, avec nos points de tension déjà apparents dans le diagramme tache de thé. C’est notre drapeau, l’étendard que nous portons dans notre bataille avec le monde, notre masque à gaz dans la tranchée pleine d’eau avant de franchir le parapet. » Un texte d’une magnificence sans pareille, dans lequel Moore se livre comme jamais auparavant, et teste de nouvelles formes de narration et d’écriture. Comme lorsque Moore, remontant le temps vers son enfance, change également de style de langage, employant un langage avec un vocabulaire de plus en plus limité (comme dans le premier chapitre de son premier roman, La voix du feu), avant que ne survienne cette explosion poétique et langagière sur la coiffe de naissance. Si malheureusement il nous est impossible de voir le spectacle, nous pouvons néanmoins écouter son enregistrement, en cliquant ici. À noter également que vous pouvez trouver cette pépite poétique et shamanique sous forme de bande-dessinée, avec des dessins d’Eddie Campbell, l’acolyte de Moore sur From Hell, publié en France aux éditions Ca et Là, chez Eddie Campbell Comics en Angleterre. 

Pour l’acheter : Vous pouvez trouver cette petite pépite chez Ca et là, pour 20 euros.

7. 1999 : Serpents et échelles

Quatre ans après La Coiffe de naissance, Alan Moore écrit un autre spectacle pour une seule représentation, intitulé Serpents et échelles. De nouveau accompagné par Tim Perkins, qui s’occupe de l’accompagnement musical, Alan Moore signe ici un grand texte, un chef d’oeuvre poétique et littéraire qui n’a rien à envier à son aîné. A noter que Serpents et échelles est en vérité le quatrième opus d’une série de spectacles, amorcée par La Coiffe de Naissance, et que Moore a écrit dans le cadre de son groupe de magie, Le Grand théâtre égyptien des merveilles de la Lune et du Serpent. Heureusement, Eddie Campbell, qui avait transcrit en comics La coiffe de naissance renouvelle l’expérience avec Serpents et échelles

Serpents et échelles

Dans ce texte, Moore nous offre une fois encore une expérience de psychogéographie. Après Whitechappel dans From Hell, Northampton (la ville dans laquelle il est né, et où il vit toujours) dans son premier roman La voix du feu (nous y reviendrons dans la troisième partie de ce focus) et le vieux tribunal de Newcastle-upon-Tyne, le mage Moore nous invite à Red Lion Square, où, à travers les portraits de personnalités marquantes de la culture et de la politique anglaises, il nous fera revisiter notre conception de la création du monde, du réel, de la magie et de l’Art. Poétiquement parfait, Serpents et échelles nous émerveille à chaque page. Un petit extrait pour vous montrer tout le génie qui se dégage de cette œuvre inestimable : « Nous sommes des molécules insensibles, assemblées à partir du code accidentel gravé dans nos gênes. De la boue qui s’est relevée. Des produits chimiques se mélangent dans nos sédiments, et par leurs interactions et combustions, nous supposons que nous sentons, nous supposons que nous aimons. Nous nous reproduisons, mathématiquement prévisibles comme des spores dans un bouillon de culture. Nous fonctionnons brièvement, puis nous retournons une fois encore au limon insensible. Nous sommes une contingence aveugle, un tortillement sans importance de la poussière, et pourtant Rossetti peint son Elizabeth morte, la tête en arrière au bout de son cou d’une longueur impossible, les yeux clos pour se protéger de la lumière dorée qui la nimbe. L’argile regarde l’argile et comprend qu’elle est belle. À travers nous, le cosmos se contemple, est en adoration devant lui-même, brise son propre coeur. À travers nous, la matière contemple bouche bée sa propre contenance de poussière d’étoiles et sait, incrédule, qu’elle sait. Et sait qu’elle est l’univers. » 

Cette œuvre, toujours intelligente, toujours splendide, est somptueusement accompagnée des dessins d’Eddie Campbell, qui la subliment. Comme dans La coiffe de naissance, Eddie Campbell utilise, en plus des dessins, des collages de tissus, de photos, son style évoquant de plus en plus celui du génie anglais Dave McKean, le grand collaborateur de Neil Gaiman, sur Sandman, Violent Cases, Mr. Punch, Black Orchid, Signal / Bruit ou encore sur Le jour où j’ai échangé mon père contre deux poissons rouges. Avec Serpents et échelles, les deux comparses touchent au plus près la quintessence de l’Art, ce « feu insaisissable ».

Pour l’acheter : Serpents et échelles est disponible chez Ca et là pour 20 euros.

8. 2000-2003 : Promethea

Promethea est sans aucun doute l’oeuvre la plus complexe et la plus expérimentale d’Alan Moore. Cette série-fleuve, au même titre que La Ligue des Gentlemen extraordinaires (voir la partie 1 de ce focus), Tomorrow’s Stories, Top 10 (voir la partie 1) et Tom Strong, a été publiée sous le label d’Alan Moore, appelé America’s Best Comics, plus communément surnommé ABC. 

Promethea raconte les aventures de Sophie Bangs, une étudiante qui écrit une thèse sur Promethea, une figure mythique qui apparaît dans plusieurs poèmes épiques et dans de nombreux comics. Alors qu’elle est attaquée par une créature (une « esme »), elle est sauvée par Promethea, ou plutôt par une version de Promethea, incarnée par Barbara Shelley, l’ancienne compagne d’un scénariste de comics qui écrivait sur cette héroïne. Gravement blessée, Barbara apprend à Sophie à devenir la nouvelle incarnation de Promethea. Mais qui est finalement cette Promethea ? Promethea est une demi-déesse, née dans l’Antiquité, incarnation de l’imagination et de la magie du monde, censée offrir au Monde l’Apocalypse. Mais pas une Apocalypse au sens hollywoodien du terme, telle qu’on peut la voir dans des films comme Independance Day ou 2012, mais au sens de révélation (en grec ancien, « apocalypsis » signifie « révélation »). Elle a pour mission de révéler à l’humanité l’immense pouvoir de l’imagination. Eh oui ! On l’ignore, mais Moore nous explique, dès le premier volume publié par Semic Comics en France, que le domaine de la pensée est semblable à notre maison et à ses environs. Notre maison nous appartient personnellement, mais la rue appartient à tout le monde. Dans Promethea (et dans la philosophie d’Alan Moore en général), ces « environs » de la pensée, qui appartiennent à tout le monde et qui nous lient, forment un monde, appelé Immateria, fief de l’héroïne. Immateria est un monde dicté par l’imagination. Ainsi, notre héroïne devient-elle l’incarnation de l’imagination, de la pensée, mais également de l’Art (d’ailleurs, pour invoquer Promethea, pour se transformer en elle, Sophie Bangs doit rédiger des poèmes sur elle) et de la Magie (l’Art et la pensée étant pour Alan Moore la plus pure incarnation de la Magie). Mais, dans sa quête, Promethea doit faire face à de nombreux ennemis, qu’elle devra combattre.

Promethea

Promethea est indiscutablement l’un des plus grands chefs d’oeuvre d’Alan Moore. Véritable OVNI, Moore emmène ses obsessions et ses ambitions artistiques plus loin que jamais auparavant. Pour cet événement qui révolutionne plus que tout autre comics au monde ce médium, Alan Moore a su s’entourer de J. H. Williams III, collaborateur de Neil Gaiman sur Sandman, un des plus grands dessinateurs de l’Histoire du comics, et dont les planches de Promethea font indéniablement partie des plus belles de sa carrière. Alors que dans les comics traditionnels, l’unité est la planche, dans Promethea, à la demande de J. H. Williams III, l’unité est la double-planche. L’essentiel de la série se déroule donc sur des doubles planches d’une beauté sans pareille, sur lesquelles Alan Moore ose TOUT. Comme ce célèbre chapitre #12, dans lequel Sophie Bangs/Promethea couche avec le magicien Faust, pendant que celui-ci lui enseigne la magie. La scène de sexe, sublimement réalisée, où le plus beau de l’érotisme se mêle au meilleur de l’ésotérisme, dure tout le chapitre. Cette expérience novatrice, que Moore avait déjà tentée sur Swamp Thing, vaudra au scénariste un Eisner Awards. Petite anecdote : Alan Moore est le scénariste qui a gagné le plus d’Eisner Awards de l’Histoire, cette récompense étant la plus prestigieuse du monde des comics. On peut également citer cet incroyable chapitre #14, dans lequel Promethea se voit enseigner la magie dans Immateria par les deux serpents de son caducée. Ce chapitre innove sur tous les plans : non content d’être un cours d’ésotérisme, tout le chapitre s’écoule au rythme des 23 cartes d’un jeu de tarot (cartes qui permettent aux serpents Mike et Mack d’expliquer à Promethea l’Histoire de l’Univers et de la Magie). De plus, sur chaque page, figure un anagramme du mot « Promethea », écrit avec des pièces de scrabble. Enfin, une blague du grand magicien d’Aleister Crowley parcourt tout le chapitre. Ah, et ai-je oublié de vous dire que tout le cours des serpents Mike et Mack est écrit de manière rimée ? On peut également souligner cette incroyable double planche sur laquelle Promethea et Barbara discutent de magie sur un nœud de Moebius. Bref. Promethea est un chef d’oeuvre, une œuvre révolutionnaire, l’une des plus abouties de son auteur. Ce qui signifie beaucoup, étant donnée la constante excellence du travail d’Alan Moore, ce dernier ayant écrit chef d’oeuvre sur chef d’oeuvre, offrant au public la bibliographie la plus cohérente, la plus révolutionnaire et la plus intelligence du monde des comics. 

Promethea

Malheureusement, les sept volumes de Promethea ne sont plus publiés en France, depuis la fermeture de Semic Comics. On remarque cependant que, malgré l’annonce de sa retraite, des maisons d’éditions françaises, Urban Comics, Panini Comics et Delirium, exhument d’anciens chefs  d’oeuvre d’Alan Moore. Ainsi, depuis décembre 2015, nous avons pu (re)découvrir Top 10 (sorti en intégrale chez Urban Comics en 2015), Providence (premier tome sorti en janvier 2016, deuxième tome en juillet 2016, et le troisième sortira le 28 juin 2017, chez Panini Comics), Monster (publié en février 2017 chez Delirium, et qui sera présent dans notre troisième partie), le premier tome de Cinema Purgatorio (que nous avons découvert en mai 2017 chez Panini Comics, et qui sera également présent dans la troisième partie de ce focus). Autrement dit, on peut s’attendre à une réédition prochaine de l’intégrale de Promethea en France. Étant donné que la ligne ABC, le label d’Alan Moore et Jim Lee (qui appartenait au départ à Image Comics, maison d’édition co-crée par Lee), a été vendu à DC Comics par ce dernier, et que les droits de DC appartiennent en France à Urban Comics, il est fort possible que si intégrale de Promethea il y a, elle sera, à l’instar de Top 10, publiée par Urban. Cependant, on pourrait nous rétorquer que La Ligue des Gentlemen extraordinaires (également tirée de la ligne ABC, comme Promethea et Top 10), est publiée en France chez Panini Comics. J’ai posé la question à Urban Comics, concernant l’avenir de la ligne ABC en France. Leur réponse : « Rien n’est définitif pour les autres séries ABC, mais Alan Moore reste un de nos auteurs phares, donc on y songe. » Si toutefois vous ne pouvez attendre la réédition de Promethea, peut-être que, comme Swamp Thing ou L’univers de DC Comics par Alan Moore, vous trouverez l’intégrale des volumes dans une bibliothèque de votre ville ? 

9. Le Dossier Noir (2007) / Century (2009-2012) / Nemo (2013-2015)

Dans la première partie, je vous parlais de La Ligue des Gentlemen extraordinaires, une des œuvres maîtresses d’Alan Moore. Cette exploration de la littérature anglo-saxonne, dans laquelle Moore mêle avec brio humour, violence, sexualité et poésie, a connu plusieurs suites. Comme nous avons déjà parlé de la série dans la première partie, je m’autorise à vous parler des suites de manière plus succincte. La première des suites publiées, c’est cet incroyable Dossier Noir, dans lequel Alan Moore nous propose d’explorer toute l’Histoire des différentes Ligues des Gentlemen extraordinaires. Après la chute de l’état dictatorial de Big Brother en 1958, la nouvelle Ligue des Gentlemen extraordinaires est contrainte de retrouver le Dossier Noir, dossier secret qui restitue toute l’Histoire de la Ligue. On prend la même recette que les deux premiers tomes, qui avaient été publiés en un seul volume en France, chez Panini Comics. Tout en améliorant la série, fleuron de la ligne ABC (pour America’s Best Comics, le label d’Alan Moore), en la rendant véritablement révolutionnaire. Pour ce faire, Moore mêle aux pages BD des pages du Dossier Noir, que lisent les personnages principaux. Un procédé mêlant de manière extrêmement habile plusieurs types de narration (la BD et la prose), et qui avait déjà été utilisé sur Watchmen (avant d’être repris dans sa toute dernière série en date, Providence, exploration sublime de l’oeuvre du maître de l’horreur, H.P. Lovecraft, et qui était l’une des œuvres que nous avions choisie pour la première partie de ce focus). Plus surprenant encore (et plus innovant) : Alan Moore et son collaborateur, le génie britannique Kevin O’Neill (qui dessinera toute la série de La Ligue des Gentlemen extraordinaires, et qui collaborera à nouveau avec Alan Moore sur Cinema Purgatorio, dont nous parlerons dans la troisième partie de ce focus), feront le bonheur de leurs fans, avec un chapitre écrit et dessiné en… 3D. Viendra ensuite la série Century, spin-off de La Ligue des Gentlemen extraordinaires, publiée en 3 tomes chez Delcourt en France, intitulés respectivement 1910, 1969 et 2009. Alan Moore. Moins révolutionnaire que Le Dossier Noir, décevante pour certains fans de la première heure, cette série m’a profondément plu. Alan Moore continue son exploration littéraire, en s’attaquant cette fois-ci à la littérature des XXème et XXIème siècles, notamment la littérature psychédélique et beatnik dans 1969 et la littérature très contemporaine, avec notamment une mention évidente (et surprenante) à Harry Potter, de J.K. Rowling, avec Tom Jédusor. Enfin, dernier spin-off en date, la série Nemo, également publiée en trois tomes (Coeur de glace, Les Roses de Berlin et Fleuve de fantômes), dans laquelle Moore et Neill racontent les aventures trépidantes de Janni Dakkar, la fille du Capitaine Nemo, l’un des principaux protagonistes de la première série de La Ligue des Gentlemen extraordinaires. Comme le premier volume et  Le Dossier Noir, la trilogie Nemo a été publiée chez Panini Comics. Il s’agit d’une série menée tambour battant, émouvante et poétique. Bien qu’il ait annoncé fin 2016 vouloir prendre sa retraite des comics, Alan Moore a assuré qu’il allait d’abord écrire une dernière aventure de La Ligue des Gentlemen extraordinaires. Preuve s’il en est, que cette série fait incontestablement partie des œuvres les plus importantes de son auteur. On a hâte de lire cette prochaine aventure…

Nemo

Pour les acheter : Le Dossier noir coûte 29,95 euros, chez Panini Comics. Les trois tomes de la série Century coûtent 15,50 euros, chez Delcourt. Les trois tomes de la série Nemo coûte 13 euros chez Panini Comics.

On se retrouve très bientôt avec la troisième partie de notre focus sur Alan Moore. Nous parlerons de deux de ses séries pour 2000 AD (D.R. & Quinch et La Ballade de Halo Jones), de Monster, de sa BD érotique Lost Girls, publiée chez Taboo (magazine anglais pour lequel Moore a également écrit From Hell), Une petite mort, son travail pour Image Comics (ses épisodes de Spawn et de WildC.A.T.S.), les deux dernières séries de son label ABC (Tom Strong et Tomorrow Stories), son scénario de film (adapté en BD) Fashion Beast, son travail sur la série Crossed du scénariste de Preacher et du Punisher, Garth Ennis, ses deux romans (La voix du feu et Jérusalem) et ses chansons.

Photo de couverture par Frank Quitely

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Commentaires (2)

Par jeanLucasec, il y a 3 ans :

Un génie !

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Par midnighter, il y a 3 ans :

Promethea est excellent oui, la meilleure partie etant lhistoire de la Cabale
mais en général tout ce que touche le maitre est d'or

<3 <3 <3

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