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Ghibli : le nouveau film de Hayao Miyazaki divise la presse américaine

De Gaetan Desrois - Posté le 9 septembre 2023 à 10h56 dans Cinéma

Sorti le 14 juillet au Pays du Soleil Levant, Le Garçon et le Héron vient d'être projeté à l'occasion du Festival International du Film de Toronto. La presse anglophone a donc pu voir le film, et a livré ses premières impressions. 

Un film majestueux mais imparfait ?

En 2013, durant la promotion de son onzième film Le Vent se lève, Hayao Miyazaki déclarait prendre sa retraite. Mais celui que l'on surnomme "The Never-Ending Man" (l'homme qui ne s'arrête jamais) est retourné devant sa table de travail pour un court-métrage à destination du studio Ghibli, Boro la petite chenille, et un douzième long-métrage très attendu, intitulé Le Garçon et le Héron.

Présenté par Toshio Suzuki comme un film fantastique dans lequel Hayao Miyazaki prépare son petit-fils à sa mort prochaine, Le Garçon et le Héron est très librement inspiré du classique de la littérature japonaise Et vous, comment vivez-vous ? de Genzaburō Yoshino, publié en 1937, dont il partage le titre japonais : Kimi-tachi wa dō ikiru ka. Le film raconte les aventures de Mahito, jeune garçon de 11 ans, qui a perdu sa mère dans un incendie ; envoyé dans la campagne japonaise, il reçoit la visite d'un mystérieux héron, qui deviendra son guide dans un monde inquiétant. 

Sorti le 14 juillet au Japon sans aucune promotion, Le Garçon et le Héron a récolté des critiques pour le moins unanimes. Selon le public japonais, le film serait à la croisée entre trois classiques de Hayao Miyazaki, Le Voyage de ChihiroLe Château ambulant et Le Vent se lève, et du Tombeau des Lucioles, du regretté Isao Takahata. Un film qui s'annonce donc particulièrement émouvant !

Prévu en France pour le 1er novembre et aux États-Unis pour le 8 décembre, le film fait actuellement la tournée des festivals internationaux. Le jeudi 7 septembre, il a été diffusé pour la première fois dans un festival occidental : le Festival International du Film de Toronto. L'occasion pour la presse anglophone de le découvrir, et de nous donner accès aux premières critiques occidentales du nouveau chef d'oeuvre de Hayao Miyazaki. 

le garçon et le héron

Si la critique américaine salue unanimement la qualité visuelle et technique du Garçon et le Héron, dont les dessins peints à la main est une respiration dans un monde où règne l'animation 3D, certains critiques évoquent néanmoins des "faux pas narratifs", pointant un film trop complexe, qu'il faudra revoir plusieurs fois pour en saisir tout le sens. Cependant, la presse s'accorde à dire que l'émotion qu'est capable d'invoquer le réalisateur de Princesse Mononoké est toujours intacte. 

Indie Wire : "Il est vrai que Le Garçon et le Héron n'est pas le meilleur film de Hayao Miyazaki. [...] Mais si le film est peut-être trop dispersé et aigu, il est l'adieu onirique d'un homme immortel faisant la paix avec sa propre mort. Il faut comprendre que Le Garçon et le Héron fait partie des plus beaux films jamais réalisés, et qu'être plongé dans un monde animé aussi luxuriant et vivant, après une décennie de « Minions », c'est comme… eh bien, rappelez-vous quand Anton Ego y a goûté sa première bouchée de cette ratatouille magique ? Imaginez maintenant qu’il ait mangé presque exclusivement de la viande de soja imprimée en 3D pendant une décennie entière avant de s’asseoir pour ce repas fatidique. C'est un peu comme ça."

The Hollywood Reporter : "Un film artisanal exquis qui signifiera peut-être des choses différentes pour chaque spectateur qui s’abandonne à son enchantement. [...] Pratiquement chaque composition impeccablement encadrée pourrait être une œuvre d'art distincte, avec des arrière-plans picturaux si magnifiques dans leurs couleurs et leurs textures qu'ils invitent le spectateur à s'y perdre. Ensuite, il y a l’attention rigoureuse portée aux détails et au mouvement du premier plan, le tout intégré dans une narration visuelle fluide dans laquelle même les éléments les plus étranges s’intègrent dans un tout harmonieux. [...] Si certaines des tangentes narratives les plus fantastiques du film peuvent parfois devenir déroutantes, les images vous submergent, rappel constant du pouvoir descriptif du langage visuel de Miyazaki. L’effet est rendu encore plus séduisant par l’émotivité mélodique de la belle partition de Joe Hisaishi. Il se passe beaucoup de choses dans ce film énigmatique, parfois surchargé narrativement mais clairement très personnel, qui présente de nombreux éléments communs avec le passé du réalisateur. [...] Souvent, le film évoque des personnages et des thèmes venus d’ailleurs dans l’œuvre de Miyazaki – Le Voyage de Chihiro, en particulier, vient souvent à l’esprit – que les aficionados du Studio Ghibli prendront plaisir à disséquer."

Variety : "Il est probablement préférable de ne pas fixer des attentes trop élevées pour Le Garçon et le Héron. C’est plus facile à dire qu’à faire avec Miyazaki, qui est considéré par beaucoup (y compris ce critique) comme l’artiste le plus visionnaire à avoir travaillé dans l’animation depuis Walt Disney. [...] Mieux vaut considérer Le Garçon et le Héron comme le bonus - un ajout digne mais de milieu de gamme à une œuvre remarquable qui élargit sa filmographie sans nécessairement la dépasser. [...] Le style est conforme aux films les plus appréciés de Miyazaki. Mais « Le Garçon et le Héron » n’est pas le point d’entrée idéal pour quelqu’un qui vient de goûter au travail du réalisateur. Bizarrement, cela ressemble à un film de Miyazaki de la fin des années 90 qui a été dépoussiéré et qui vient tout juste d’être partagé pour la première fois à l’étranger. 

IGN : "Le Garçon et le Héron est tout à fait magnifique, le film le plus visuellement complexe et le plus impressionnant de Miyazaki. Les décors et la construction du monde sont éblouissants, en particulier dans la scène d'ouverture d'un garçon courant dans les rues de Tokyo lors d'un énorme incendie, les gens à l'arrière-plan se fondant dans l'ombre dans la fumée. Alors que les films Ghibli ont toujours été beaux (pour la plupart), celui-ci ressemble à un chant du cygne pour l'industrie de l'animation dans son ensemble : une expérience axée sur l'imagerie qui dure de longues périodes sans dialogue, dans laquelle les personnages se déplacent lentement et tranquillement, en employant de manière exquise le concept de "ma" (ou espace vide) d'une manière qui fait honte aux grands studios américains et aux pairs japonais de Miyazaki. C’est un film rare, tout à fait original et esthétique, mais aussi assez intimiste et émouvant. Quant à savoir si Miyazaki a quelque chose de nouveau à dire ou à faire, Le Garçon et le Héron tient définitivement ses promesses. C'est à la fois un film pour enfants et les adieux d'un homme qui réfléchit à sa propre mortalité, à son héritage et à ce qui attend ceux qui lui succéderont. Miyazaki aurait réalisé le film pour préparer son petit-fils à la mort éventuelle de son grand-père, et cela se voit. [...] C'est le Miyazaki le plus brut émotionnellement jamais connu, et le compositeur de longue date de Ghibli, Joe Hisaishi, fait plus que relever le défi avec une partition d'une beauté envoûtante, à la fois ludique et dévastatrice."

Deadline : "Le Garçon et le Héron, qui a ouvert le Festival du film de Toronto 2023, est un spectacle visuel qui ravive l'art de l'animation 2D à une époque dominée par le numérique. Il y a des moments de beauté ainsi que des faux pas narratifs. Des touches réconfortantes caractéristiques du Studio Ghibli à une intrigue qui pourrait laisser perplexe, cet époustouflant visuel réaffirme indéniablement le statut de Miyazaki comme l’un des cinéastes les plus appréciés au monde. [...] Malgré toutes ses forces au niveau conceptuel et technique, l’histoire manque d’un objectif précis. Il y a une frontière entre ce qui laisse les choses ouvertes à l’interprétation et ce qui rend une intrigue presque indéchiffrable, et ce film penche malheureusement vers ce dernier. Bien sûr, c’est un sujet parmi une mer d’éloges, mais c’est une montre tellement difficile qui demande de la patience et de multiples visionnages pour même commencer à véritablement démêler ses fils. Cela me fait mal de le dire, mais sur le plan narratif, c’est le point le plus faible de la filmographie de Miyazaki. Le Garçon et le Héron traite de thèmes complexes qui se manifestent avec une splendeur visuelle. Même si ce n’est peut-être pas la sortie la plus forte du Studio Ghibli, elle n’en reste pas moins importante. Le retour de Miyazaki après une interruption d’une décennie rappelle la vision et le talent artistique uniques qu’il apporte au monde de l’animation. Que vous repartiez enchanté ou perplexe, une chose est sûre : l’impact de Miyazaki sur cette forme d’art reste sans précédent."

le garçon et le héron

Quoi qu'il en soit, nous sommes terriblement impatients de découvrir le nouveau tour de force visuel du grand Miyazaki. Et vous ? Irez-vous voir Le Garçon et le Héron ? Dites-le nous dans l'espace commentaires. Notons également qu'en attendant sa sortie en France, le studio Ghibli a annoncé une bonne nouvelle, mettant fin à certaines rumeurs persistantes sur l'avenir de Hayao Miyazaki.

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Salut, c'est Gaëtan. Diplômé d'un Master en Langues Modernes, je suis un grand passionné de Culture Pop. J'ai une affection toute particulière pour la culture des années 80/90. Grand lecteur, je suis aussi cinéphage et sérivore (un régime alimentaire des plus équilibrés !). Passionné par le Moyen-Âge, je suis un grand fan de Fantasy. Sinon, j'adore le cinéma coréen, la littérature japonaise, les séries et les comics britanniques. Ah, j'oubliais : pour savoir s'il y a du vent, faut mettre son doigt dans le cul du coq.

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Commentaires (6)

Par Niels, il y a 7 mois :

Je comprends pas bien... On dirait que c'est mal aujourd'hui de devoir voir un film plusieurs fois pour en saisir toutes les subtilités...

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Par Joe, il y a 7 mois (en réponse à Niels):

Des décennies de médiocrité cinématographique hollywoodienne... Vive Miuazaki, j'espère que je comprendrai rien ! Je me souviens de l'immense claque quand j'avais découvert Mononoké... quel génie.

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Par Heuisquoiencore, il y a 7 mois :

Certainement trop complexe pour l’américain moyen

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Par Valorous, il y a 7 mois :

Des années de triple AAA insipides, que dis-je, des décennies que les nord américains sont nourris avec tout et n'importe quoi, parfois clairsemé d'une pépite bien trop rare les ont rendus hermétiques à ce genre d'oeuvre bien trop complexe pour eux.
Ce chef d'œuvre du maître immortel ne fait pas exception à la règle.
Pas étonnant qu'il sorte avant en France (premier pays consommateur de manga/animé après le Japon). Les USA ont encore beaucoup à apprendre sur la signification d'un vrai bon film.

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Par UnknowPlayer, il y a 7 mois :

J'adore les films de Miyazaki, et j'ai hâte de voir celui ci mais faut se calmer dans les coms avec l'adulation maladive dont vous faites preuve envers lui et le mépris à l'encontre des américains

Sérieux vous êtes tellement élitiste et pompeux certains...

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Par Delcorf, il y a 7 mois :

Les gens qui expriment leur mépris du cinéma américain sont exactement comme ceux qui méprisent les mangas.

Ils parlent de médias incroyablement vastes où tu peux trouver tout les thèmes, tout les genres et toutes les qualités.

Ils n'en effleurent que la surface mais se croient tout de même qualifiés pour vomir leur mépris.

Il faut juste espérer qu'ils ne s'imaginent pas que leurs critiques les feraient paraître plus intelligents.

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