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Japon : la face sombre de l’obscénité japonaise dans l'art

De Maya Foucret - Posté le 21 avril 2021 à 17h23 dans Insolite

Pendant les fêtes de Pâques, la ville de Kawasaki célébrait le Kanamara Matsuri, un vaste festival célébrant la fertilité. A cette occasion, des défilés sont organisés chaque année et attirent de nombreux touristes amusés par la parade qui met en avant des chars... à l'effigie de phallus géants !

Une spécificité qui peut paraître rigolote à nos yeux d'occidentaux. Cependant, elle est aussi révélatrice de bien d'autres choses. L'évènement met notamment en exergue le paradoxe de la représentation du sexe dans la société japonaise, et plus particulièrement de l'exhibition des organes génitaux masculins et féminins. Ici, l'illustration du sexe masculin est largement encouragée tandis que celle du sexe féminin, au delà d'être stigmatisée, est pénalement condamnée.

L'artiste japonaise Rokudenashiko a été incarcérée en 2014 pour avoir diffusé des impressions 3D de sa vulve. Depuis, elle poursuit le combat pour dénoncer le paradoxe de l'obscénité japonaise. L'artiste a récemment sorti un manga où elle revient sur son arrestation. Retour sur l'histoire d'un combat opposant l'art et le sexisme de la société nippone.

L'art pour comprendre les paradoxes de la représentation sexuelle

Ce paradoxe commence par un simple terme : Manko. Ce mot (absolument adorable, avouons-le) se traduit par le terme "vulve", en français. Cependant, sa simple utilisation à voix haute est vue comme la pire des ignominies au Japon.

Partant de ce constat, l'artiste japonaise Rokudenashiko (dont le véritable nom est Megumi Igarashi) s'est longuement interrogée sur les raisons de ce tabou.

Un jour, par un élan de provocation et une simple envie de s'amuser un peu, elle fait un moulage de sa "Manko" à l'aide d'un plâtre composé d'un mélange d'alginate de potassium et d'eau.

Une fois celui-ci terminé, elle décore le résultat et tadam ! Une œuvre d'art est née !

A partir du moment où elle diffuse son travail, elle constate des réactions mi-figue mi-raisin. Au sein des milieux artistiques internationaux, on encourage sa pratique. Mais du côté du public japonais, beaucoup sont profondément choqués. C'est à cette période qu'elle réalise la portée de ce tabou et ses conséquences.

Une société japonaise profondément sexiste

En discutant avec des femmes japonaises, victimes de nombreux comportements machistes, elle prend conscience que son art peut également avoir une portée hautement féministe.

En démystifiant les organes génitaux féminins, elle contribuerait à changer le regard porté sur le sexe des femmes. Elle espère ainsi éveiller les esprits en prônant la fierté d'avoir une vulve et en fustigeant la honte de l'observer. Le but : se réapproprier son propre corps.

Elle poursuit donc sur sa lancée, sans relâche. Face aux réactions outragées, elle redouble de créativité pour dénoncer la pudeur exagérée de la culture nippone. 

Megumi s'amuse à varier les formats : coques de téléphone, décorations peintes de manière kawaii, des bijoux, des gâteaux, des lampes, des dioramas et même des détournements de figurines Gundam. Elle se lance alors dans son plus gros projet : construire un kayak à l'effigie de sa "Manko". Pour ce faire, elle lance une vaste campagne de financement participatif. C'est là que les choses se gâtent, pour elle.

En prison pour obscénité 

En juillet 2014, Rokudenashiko est arrêtée par la police. Ils perquisitionnent son appartement et lui confisquent toutes ses œuvres qui font office de pièces à conviction. Il lui est reproché d'avoir fait preuve d'obscénité en envoyant un scan 3D de sa vulve à une trentaine de personnes.

En réalité, il s'agissait simplement des contreparties artistiques envoyées aux participants de son crowdfunding pour aider à la réalisation du kayak-vulve.

Un système judiciaire déconnecté des outils modernes

Au Japon, le système judiciaire est particulièrement sévère et les conditions de détention peuvent être très dures, notamment pour les femmes.

Une garde à vue peut durer jusqu'à 22 jours et le principe de présomption d'innocence n'est pas aussi poussé qu'en France. Rokudenashiko raconte d'ailleurs que les policiers lui ont menti afin qu'elle ne fasse pas appel à un avocat.

Lors de l'établissement du procès verbal, l'artiste rapporte aussi l'absurdité de la situation : les policiers sont terriblement gênés de prononcer le terme "Manko" et arrivent à peine à relire la déposition sans bégayer. De plus, malgré de moult explications, personne ne semble comprendre le concept du financement participatif.

Un traitement médiatique compliqué

Après avoir passé une semaine éprouvante en prison et avoir été traitée comme une criminelle par les médias japonais qui diffusent sa photographie, Rokudenashiko ressort libre grâce au soutien de ses admirateurs. Une seconde arrestation et un jugement plus tard, elle est finalement déclarée non coupable en 2017.

Afin d'exposer sa situation et dénoncer le ridicule d'une telle extrémité judiciaire pour un projet artistique, elle sort un manga intitulé L'Art de la Vulve, une obscénité ? dans lequel elle raconte son histoire et son projet.

Par ailleurs, elle est finalement parvenue à venir à bout de son projet de kayak-vulve !

Le paradoxe de l'article 75 du code pénal

Cette histoire est nécessaire pour comprendre le paradoxe de la représentation sexuelle au Japon. Rokudenashiko pose elle-même la question : comment se fait-il que des jouets sexuels à l'effigie de vagins soient en vente libre, mais que la représentation artistique, elle, pose souci ?

Même constat dans les fêtes religieuses. Nous l'évoquions en préambule, le Kanamara Matsuri réunit des milliers de personnes chaque année. A cette occasion, de nombreux produits dérivés à l'effigie de pénis sont vendus et se fondent parfaitement dans le décor, sans choquer les japonais.

Au Japon, l'article 75 du code pénal punit quiconque distribue ou vend du matériel jugé "obscène". Il existe bien l'article 21, qui garantit la liberté d'expression et bannit officiellement la censure. Cependant, cet article est l'objet de contradictions avec l'article 75. De plus, définir précisément l'obscénité est souvent un casse tête juridique.

Heureusement, la non-condamnation de Rokudenashiko peut également s'expliquer par un cas de jurisprudence survenu en 2008. Celui-ci accorde une exception à montrer la pilosité pubienne et les organes génitaux lorsqu'il s'agit d'une issue artistique.

Juridiction et marketing : les meilleurs ennemis

Par ailleurs, les lois sur la pornographie tranchent grandement avec le marketing sexuel particulièrement prolifique au Japon.

Pour détourner la censure, l'industrie pornographique est contrainte de faire usage de "masques" au niveau des organes génitaux. Il est ainsi courant de retrouver des rectangles noirs en guise de cache dans les hentais ou les revues érotiques et une pixellisation dans les formats vidéo.  

Dans un pays où l'industrie pornographique génère près de 4,3 milliards d'euros de recette par an et se place deuxième au niveau mondial, après les Etats-Unis, ces lois peuvent vite sembler paradoxales. 

La pudeur et la culture japonaise

Ce paradoxe ne se ressent pas seulement dans le code pénal. Si la pudeur japonaise exclut le fait de s'embrasser en public, la nudité est monnaie courante dans les pains publics. 

Cette contradiction se ressent aussi dans la pop culture : qui n'a jamais lu de mangas mettant en scène des personnages féminins dans des situations embarrassantes ou victimes d'allusions sexuelles explicites ? De nombreux shônens classiques mettent aussi en scène des héroïnes aux proportions exagérées (entraînant parfois d'importants saignements de nez, au passage.)

A titre d'exemple, les mangas de Ken Akamatsu (Love Hina, Negima!) sont particulièrement révélateurs de cette situation. Dans chaque tome, l'une des héroïnes doit obligatoirement perdre ses vêtements et le plus souvent, par le biais de raisons complètement absurdes.

Evidemment, le fan-service est utilisé avant tout comme un argument de vente et une manière de faire rire le lecteur. Cependant, il est devenu tellement systématique que personne n'oserait crier au sexisme sous peine de passer, au mieux pour un boomer, au pire pour un ignorant, méprisant la culture manga. 

Bien que les mentalités tendent à changer grâce à l'art et aux représentations féminines de moins en moins sexualisées, il faudra encore faire un long chemin pour que les mentalités évoluent quant à la représentation des attributs sexuels féminins. 

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Mots-Clés : RokudenashikoartisteartMankomangasJapon

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Commentaires (20)

Par jeanlucaseco, il y a 2 mois :

ils sont magiques

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Par Koko, il y a 2 mois :

D'ailleurs en tant que Français maitrisant un tant soit peut la culture générale, un peu de langage, la politesse japonaise, le tout avec la french touch... je peux vous assurer un grand succès auprès des femmes japonaises qui n'hésitent pas a dénigrer l'homme japonais. J'y suis partis 6 fois et cela c'est toujours passé de la même façon.

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Par Beniben95, il y a 2 mois via l'application Hitek (en réponse à Koko):

Ca va les chevilles ?

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Par Koko, il y a 2 mois (en réponse à Beniben95):

t'as qu'a voyager ;)

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Par nofutur2077, il y a 2 mois :

Perso ce qui me choque le plus dans l'obscénité japonaises c'est les persos féminins de soit disant 20-30 ans qui ont l'air d'avoir 12-14 ans partout et ultra-sexualisés, même dans les récits de guerre y'en a ...

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Par Rathian, il y a 2 mois (en réponse à nofutur2077):

Ou même des soi-disant déesses qui ont plusieurs millénaires à leur compteur mais qui ont une apparence de petite fille de 8 ans

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Par Tao paille paille, il y a 2 mois (en réponse à nofutur2077):

Je me souviens d'un anime, Gun X Sword, plutôt classique avec quelques Mecha, et d'un coup en plein milieu, t'as un épisode sur les bikini qui surgit de nulle part... Comme ça, totalement gratuit, les héroïnes dont une gamine finissent en bikini très découvrant. Et les mecs ont le droit au string éléphant.
Parce que Japon comme dirait le JDG.

Après, n'oublions pas qu'on pouvait trouver des revues porno en vente libre dans des distributeurs dans la rue dans le même pays qui s'est offusqué car on a vu le sein de Janet Jackson à la télé. À peu près tous les pays ont une position... compliquée sur le sexe et ses représentations.

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Par Seb, il y a 2 mois :

Dommage article interessant mais faux ,vu par un occidental
Pour avoir vécu 10 ans Au Japon j y ai rencontrer et côtoyer beaucoup de japonais et leur mentalité
Pour les femmes c est normal qu un homme travaillé et que la femme a occupé du foyer,pour les femmes japonaises le fait que l homme soit socialement au dessus et ne d occupe pas des enfants est complètement bien assimilé et accepté,et ça rejoint cet article qui est cliché d ailleurs
Les français veulent toujours imposer leur vision de la société comme étant la plus juste et là seule acceptable et la seule et unique pensée correcte surtout avec ces mouvements féministes exacerbées...

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Par Murge, il y a 2 mois (en réponse à Seb):

Ce mec n'est pas une femme et encore moins une japonaise, mais il se permet tout de même d'expliquer le point de vue de "la" femme japonaise (au singulier parce que les japonaises partagent toutes une opinion identique, c'est bien connus)

Le plus rigolo c'est qu'il réprouve le fait "d'imposer son opinion" alors qu'il s'accapare la parole des concernées (il doit même pas percevoir la contradiction).

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Par shiruban, il y a 2 mois :

La nudité dans les pains publiques au Japon est courante :)
Seb n'est pas faux quand il dit que beaucoup de femmes acceptent d'avoir une position "inférieure" (payé moins cher pour le même travail, ne doit pas exprimer ses idées) mais c'est parce que des l'enfance les japonais sont éduqués comme ça (cours de couture et cuisine pour les filles et bricolage pour les garçons a l'école primaire). Maintenant ça commence à changer et à rentrer dans le débat publique (démission de Mori a la tête de l'organisation des JO, mouvement #metoo). Mais avec un gouvernement majoritairement composé de septagenaires masculin, c'est pas gagné.
(15 ans au Japon, mariée a une japonaise).

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Par Uvadfo, il y a 2 mois :

Un véritable article de néo féministe occidentale moderne.

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Par Murge, il y a 2 mois (en réponse à Uvadfo):

Traduction : "ouin ouin ouin"

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Par Papy Mougeot, il y a 2 mois :

Laisse moi deviner : "Bonbonne derrière les fourneaux" est un peu ton cri de ralliement, non ?
Sans avoir voyagé là bas, je vais avoir du mal à croire que des femmes japonaises se soient ouvertes sans aucune retenue devant un gaijin. Donc t'as peut être eu le droit à la version officielle (et j'ai vraiment des doutes), mais le pensent elles vraiment et l'acceptent elles vraiment ?

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Par papy Mougeot, il y a 2 mois (en réponse à Papy Mougeot):

Ce commentaire était normalement en réponse de celui de Seb.

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Par Et?, il y a 2 mois :

Vive la chatte! C'est bon mangez en!!!

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Par TOUTESTBONDANSLECOCHON, il y a 2 mois :

tout le monde se bat ici pour la position de la femme et de l'homme dans cette ile radioactive.

moi je retiens cette femme emprisonnée pour des conneries, je retiens que montrer un bon gros phallus est autorisé quand une manka non.

inutile de vous la raconter avec vos voyages et de faire les fins connaisseurs dans un pays ou même le plus anciens ne connait pas l'alphabet entier, vous êtes ridicule à jouer à qui à la plus grosse.

PS : pour les fan du japon en recherche d'une passion,si votre pays adoré pouvait éviter le massacre en mer aussi ce serait pas mal

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Par Kittyaerith, il y a 2 mois :

Je pense que vous vouliez dire « bains publics » pas « pains publics »...

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Par RK, il y a 2 mois (en réponse à Kittyaerith):

Non non c'est comme ça qu'on appelle les boulangeries au japon. Je le sais j'y ai vécu 30 ans.

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Par OncleSam, il y a 2 mois :

Mouais, a coté de ça c'est pas foutu de pondre un porno non censuré et ça chouine comme une petite fille quand on met un doigt ...
Ridicule.

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Par Threor, il y a 2 mois :

En fait ce qui me choque le plus c'est que nous occidentaux encore une fois on se permet de juger la culture des autres...

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