Ghibli : l'incroyable temps passé pour faire seulement 36 minutes du nouveau film de Hayao Miyazaki

De Gaetan Auteur - Posté le 31 mai 2020 à 1h46 dans Cinéma
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Alors qu'il avait annoncé sa retraite lors de la promotion de son onzième film, Le Vent se lève, en 2013, Hayao Miyazaki a enfilé de nouveau son légendaire tablier de travail pour un nouveau long-métrage d'animationComment vivez-vous ? (en japonais, Kimi-tachi wa dô ikiru ka ?). Une interview du Maître absolu du cinéma d'animation japonais a été publiée le 14 mai 2020 dans Le Courrier international. L'occasion pour nous de faire le point sur toutes les informations connues sur le prochain chef d'oeuvre du réalisateur de Princesse Mononoké et du Château ambulant

Un ouvrage important pour Miyazaki

L'interview, intitulée "Rencontre avec Hayao Miyazaki, le magicien de l'animation", a initialement été publiée dans le quotidien japonais Asahi Shimbun, en décembre dernier. C'est à l'occasion d'une exposition au Musée Ghibli, intitulée Dessins à la main, inspirations, idées, que Hayao Miyazaki s'est confié sur son retour aux affaires, après son (énième) faux départ à la retraite. Lorsque la journaliste Eriko Chiba lui demande les raisons pour lesquelles il a choisi d'adapter le roman Kimi-tachi wa dô ikiru ka ? de Genzaburo Yoshino, Hayao Miyazaki explique que ce choix a été fait sur "un coup de tête". Le réalisateur de Kiki la petite sorcière, qu'on sait être un lecteur passionné, adapte ici un classique de la littérature jeunesse japonaise, malheureusement inédit en France. Il déclare à propos de ce livre :

Quand on me demande quel est l'ouvrage qui m'a le plus marqué dans ma jeunesse, c'est celui qui me revient avec le plus d'éclat. Les livres sont des rencontres prédestinées ; certains continuent à rayonner longtemps après. Quand j’ai lu Kimi-tachi wa dô ikiru ka je me suis dit que je ne pourrais jamais vivre comme son protagoniste, mais j’ai été très ému.

incroyable délai pour seulement 1 min de film...

Si le nouveau film de Hayao Miyazaki était initialement prévu pour 2020, le studio a vite annoncé de nouvelles dates indicatives, par la voix de son président, Toshio Suzuki, qui annonçait encore récemment une sortie pour 2023. En effet, la production du film est plus longue qu'à l'accoutumée. Selon Suzuki, une minute de film était tournée par mois soit seulement 36 min depuis le lancement du projet il y a 3 ans !

... a cause d'une nouvelle façon de travailler

L'interview de Hayao Miyazaki dans Asahi Shimbun nous renseigne sur les raisons du ralentissement de la production : 

Depuis que le studio a décidé en avril 2019 de changer ses conditions de travail, nous sommes tenus de quitter le bureau à 8 heures du soir. Au début, j’ai résisté, mais comme tout le monde suivait la consigne, je me retrouvais seul à fumer et, au bout d’une heure, je n’en pouvais plus. (Rires.) Alors moi aussi, j’ai fini par rentrer à 20 heures. Le problème, c’était que j’arrivais toujours assez tard au bureau, si bien que c’était moi qui travaillais le moins dans l’équipe. Comme le studio est fermé le week-end, j’ai donc décidé de travailler le samedi après-midi pour compenser. Récemment, je suis allé au studio un dimanche car j’étais pris la veille. Les effets se sont fait sentir dès le lundi. Je ne peux plus travailler toute une semaine d’affilée, sans me reposer un seul jour. Même sans la réforme, je ne voudrais plus travailler jusqu’à minuit. En ce sens, la décision de nous faire rentrer à 20 heures n’est pas mauvaise. Au moins, tout le monde part en même temps. Plus personne ne traîne au bureau. L’ambiance est telle que tous les employés partent d’eux-mêmes aux alentours de 20 heures. D’ailleurs, depuis la mise en place de la réforme, tout le monde a meilleure mine. En ne travaillant pas le week-end, on peut retourner travailler le lundi de bon cœur.

Ainsi, le studio a dû changer de mode de fonctionnement. On sait tous que Hayao Miyazaki, fou de travail, pouvait rester des heures durant, penché sur sa planche à dessin, travaillant tous les jours, même les week-end. Un autre élément explique toutefois le ralentissement de la production : l'âge de Hayao Miyazaki. Dire cela nous écorche la bouche, mais pourtant, il faut le reconnaître : Miyazaki ne rajeunit pas. A presque 80 ans, le réalisateur voit sa vue baisser de plus en plus, et ne dessine plus aussi rapidement qu'avant. C'est d'ailleurs à cause de son âge avancé qu'il avait annoncé sa retraite, lors de la promotion du Vent se lève, expliquant à nos confrères qui ont eu la chance de le rencontrer à quel point son métier était éreintant, et qu'il aspirait à une retraite tranquille. L'âge de Hayao Miyazaki et les problèmes qui en résultent ont poussé le réalisateur a déléguer de plus en plus : 

Je leur fais confiance, je leur transmets les tâches qui étaient de mon ressort. Et je le fais sans aucune crainte. La façon de dessiner des plis de vêtements, par exemple, est plus moderne que ce que je faisais auparavant. C’est très intéressant, ça apporte du nouveau.

De quoi parle Kimi-tachi wa dô ikiru ka ?

On rappelle que le roman Kimi-tachi wa dô ikiru ka ?, publié en 1937, raconte l'histoire d'un jeune garçon, Honda Junichi, qui apprend à penser par lui-même, en entretenant une relation épistolaire avec son oncle. Genzaburo Yoshino a écrit ici un roman parlant de socialisme et de lutte des classes, faisant le choix d'un livre officiellement adressé à la jeunesse, ces derniers étant à l'époque moins soumis à la censure. On comprend dès lors tout ce qui a pu marquer de manière si profonde Hayao Miyazaki, dont les opinions politiques, proches du marxisme, sont très présentes dans son oeuvre cinématographique. Le réalisateur a toujours dessiné des personnages en train de travailler, que ce soit les mineurs du Château dans le Ciel aux femmes de Forges de Tatara dans Princesse Mononoké. Pour l'anecdote, Hayao Miyazaki a été secrétaire en chef du syndicat des travailleurs de la Toêi, présidé par son plus grand ami, Isao Takahata, avec qui il fonda par la suite, aidé par Toshio Suzuki, le studio Ghibli. Attention toutefois, le mot adaptation avec Hayao Miyazaki doit toujours être nuancé : il faut plutôt parler de grande inspiration. Ainsi, Le Château dans le Ciel est inspiré des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, Le Voyage de Chihiro d'Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll et Le Vent se lève raconte l'histoire romancée de Jori Horikoshi, et s'inspire du roman autobiographique du même nom de Tatsuo Hori.

L'avenir du studio Ghibli

A chaque nouveau film de Hayao Miyazaki se pose la question de sa succession. Si le réalisateur n'a pas encore (à nouveau) abordé la question de sa retraite, et si on espère tous apprendre qu'il préparera un nouveau film après Kami-tachi wa dô ikiru ka ?, on sent qu'avec ce nouveau fonctionnement, le studio se prépare plus que jamais à la succession du maître. En attendant, le studio Ghibli, qui a pu compter sur un partenariat avec Netflix (dont nous vous avions révélé les tenants et les aboutissants dans un article récent) et un autre avec HBO Max, produit un second film, réalisé par Goro Miyazaki, le fils de Hayao, qui avait déjà fait ses preuves avec Contes de Terremer et le très beau La Coline aux coquelicots. Selon Toshio Suzuki, le film de Goro Miyazaki, qui tente de montrer les différentes façons dont l'intelligence peut sauver le monde, serait bientôt terminé. Voilà une bonne nouvelle ! En attendant, on vous invite à découvrir comment Princesse Mononoké a été sauvé de la "Disneyisation" !

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Mots-Clés : GhibliHayao MiyazakiCinemaJapon

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Commentaires (13)

Par Paulito, il y a 1 mois :

Horrible à dire mais j'espère qu'il vivra jusqu'à la sortie du film ^^
Les japonais vivent beaucoup plus longtemps... mais ca risque d'être vraiment son dernier projet cette fois-ci.

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Par LapinMagik, il y a 1 mois (en réponse à Paulito):

Oh putain.

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Par Kirishikey, il y a 1 mois :

C'est horrible car ce qui ressort de cet article, c'est que les mecs charbonnaient comme des esclaves pour sortir les films à temps.
Et qu'avec la réforme limitant leur temps de travail, bah ils sont ralentis... car manifestement il n'y a pas de recrutement pour compenser.

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Par Pris, il y a 1 mois via l'application Hitek (en réponse à Kirishikey):

Ouai c'est fou d'être si lent, la qualité prend du temps certe mais je suis quasi sûr que c'est un manque d'effectif plus qu'une grande qualité. Surtout que ça n'aide pas s'ils attendent que Miyazaki dessine plutôt que dirige plus qu'il ne dessine. Ils n'ont pas des concepts artistes, des storyboarder, quelque chose ? C'est pas comme si il y avait de lui pour reproduire son esthétique

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Par Kirishikey, il y a 1 mois (en réponse à Pris):

Le truc c'est que j'ai l'impression que c'est Miyazaki le boulet. Attention, la formulation est un peu provocatrice je le reconnais, mais je m'explique : c'est LE grand personnage du studio, il a fait des films mythiques, et donc, j'ai clairement l'impression que tout repose sur lui.
Alors que vu son âge, il devrait être en pré-retraite. Il ne rend pas service à Ghibli s'il est réellement au centre de tout, et que tout dépend de lui. Il devrait former son ou ses équipes à évoluer sous peu sans lui.
Quitte à ce que le style évolue, c'est pas grave. On ne va pas faire du Miyazaki pendant 30 ans encore non plus. Le manga aussi a évolué, comparez l'esthétique globale des années 70, 90 et 2010, l'écart est énorme.
C'est pas mieux ou pire, question de goût (je préfère largement l'esthétique moderne perso), mais c'est différent, ça apporte de la variété.

Et si je dis pas de bêtises, ce cher Hayao a défoncé le film de son fils Goro dès qu'il est sortis, ce qui était très très con et néfaste pour son moral. Alors qu'honnêtement, je n'ai pas trouvé Terremer VRAIMENT en-dessous de la moyenne des Ghibli by Hayao... il est loin d'avoir atteint à chaque film le niveau du tandem Mononoke/Chihiro.

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Par Arikaran, il y a 2 semaines (en réponse à Kirishikey):

J'ai lu un article (il y a un moment) sur le prochain film de Miyazaki où il expliquait qu'il voulait dessiner son film à l'ancienne et qu'en plus il voulait quasiment le faire seul
Donc le reste du studio travaillerait majoritairement sur autre chose, comme le film du fils de Miyazaki qui souhaite sortir le premier film Ghibli en full CGI

Donc ça expliquerait que le film de Hayao prenne autant de temps

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Par Paulito, il y a 1 mois (en réponse à Kirishikey):

C'est exactement ça... la vie d'un mangaka ou animateur dans les animés est une vie horrible... pas de vie personnelle, une pression horrible et pas forcement super bien payé (en dehors de ceux qui font de gros cartons)...

Le Japon évolue mais c'est encore loin de ce qu'on a en France (et qu'on arrive quand même à se plaindre tout le temps ^^)

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Par Kirishikey, il y a 1 mois (en réponse à Paulito):

Le début de ton commentaire est très bien, la fin, totalement idiote.
Ce n'est pas parce qu'ailleurs c'est "pire" qu'il faut accepter pour autant des dégradations de nos conditions de vie/travail.
Au nom de quoi accepterez-t-on cela pour "s'aligner" sur les autres, quand les classes sociales les plus riches de notre pays se gavent de plus en plus ?
On abaissera notre niveau de vie lorsque les 10% les plus riches n'existeront plus, ou en tout cas seront revenus à des niveaux de richesse plus compatibles avec les droits humains les plus élémentaires.

L'écologie est la seule justification valable à une réduction du train de vie... si une alternative n'existe pas. Oui, exemple si on doit consommer moins parce qu'on arrive pas à produire plus écolo et que les ressources s'épuisent, ok je suis d'accord pour le faire.

Mais hors de question de consommer moins ou de voir le salaire baisser parce que "les Africains meurent de faim". C'est pas moi qu'on doit appauvrir, ce sont les pauvres qu'on doit enrichir, bordel de merde.
Et qu'on ne vienne pas me dire que m'appauvrir enrichira les pauvres car c'est totalement stupide.

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Par Murge, il y a 1 mois (en réponse à Kirishikey):

Ok ... je crois que le sens du propos de LaPetitePeste t'as totalement échappé.

Il me semble que cette dernière mettait en évidence le fait que l'état français soutient la création culturelle dans une mesure qui n'a rien à voir avec son homologue japonnais et que c'est une bonne chose.

Et effectivement, on a la chance de bénéficier depuis plusieurs dizaines d'années d'une politique de soutient à l'offre culturelle qui nous permet d'avoir accès à des œuvres d'une diversité presque unique au monde.

Concrètement : allez pas imaginer 1 seule seconde qu'une BD comme le Transperceneige aurait pus sortir dans un marché réfractaire au risque comme ceux du Japon ou des USA.

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Par Kirishikey, il y a 1 mois (en réponse à Murge):

Moi je pense qu'elle parlait de la politique sociale, et donc tu temps, des conditions de travail.

Ensuite ne me fais pas rire, le Japon en terme de diversité est au moins au niveau de la France concernant les BD, ne crois pas que le Weekly Shonen Jump est le seul magazine de l'archipel.
Concernant le cinéma, le marché américain vaporise le français, en terme de qualité comme de quantité, et ce ne sont pas les quelques rares pépites françaises par-ci par-là qui pourront la forêt de médiocrité et de faiblesse qui nous caractérise.

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Par Murge, il y a 1 mois (en réponse à Kirishikey):

Non, le Japon n'a pas un marché de la BD très diversifié : il n'autorise que la sortie de mangas en noir & blanc et rien d'autre, il est archi-cadenassé.
Au niveau de la diversité des thèmes abordé ok ça parle de tout mais au niveau de la forme c'est très pauvre.

J'aime bien les mangas mais j'ai souvent le sentiment qu'ils sont trop sacralisés : il est question d’œuvres où les auteurs ne pourront jamais envisager de travailler la colorimétrie, de jouer sur la qualité du papier ou de changer le format d'une page.
Déso, mais en terme d'édition le marché japonnais est uniforme et pauvre.

En France tu peux tout lire : du manga, du comics, de la BD franco-belge classique, du roman graphique, du hors format et la nationalité de l'oeuvre/auteur n'a aucune importance - devines où il est indispensable d'être japonais pour espérer être publié.

Dans n'importe quelle Fnac, dans n'importe quel Leclerc t'as accès à des BD du monde entier. Pour avoir accès à une diversité équivalente à l'étranger il faut trouver les boutiques bien spécialisé alors qu'ici un super marché suffit.

Et si les éditeur fr peuvent traduire et publier des œuvres audacieuses, diverses et cosmopolites c'est grâce à la politique étatique de soutient à la culture qui permet d'ailleurs à notre cinémas d'être très bien classé dans sa catégorie (non-anglophone) et le 1er cinéma non-anglophone occidental - c'est pas le top mais c'est mieux que nos voisin Allemand Italiens Espagnol & autres.

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Par LapinMagik, il y a 1 mois :

Merci hitek de m'envoyer un email par ce qu'un bot m'a répondu avec une vilaine pub :D

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Par Pris, il y a 1 mois (en réponse à LapinMagik):

Tu veux qu'ils le détectent comment ? Arrête de rager pour rien et trouve toi des vrais problèmes

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