Cinq films asiatiques à voir absolument !

De Gaetan Auteur - Posté le 29 juillet 2019 à 9h53 dans Cinéma

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Si le cinéma asiatique possède une fan base solide en France, depuis plusieurs années déjà, il connait depuis quelques temps un certain regain d'intérêt. Nous vous proposons une sélection de cinq films asiatiques (japonais, sud-coréen, chinois), qui démontre tout le potentiel de ce continent, qui n'a rien à envier au cinéma hollywoodien tant au niveau de la qualité artistique qu'au niveau du scénario. 

1. Sympathy for Mister Vengeance - Park Chan-wook 

A n'en pas douter, Park Chan-wook est un des plus grands artisans de cette passion occidentale pour le cinéma asiatique. Il est à mes yeux le plus grand réalisateur sud-coréen, et plus certainement encore un des réalisateurs les plus doués de l'Histoire. Bien qu'il n'ait pas la perfection formelle que l'on peut trouver dans son dernier film, Mademoiselle (un chef d'oeuvre brouillant toutes les pistes, emmené par un trio d'acteurs au sommet, et une réalisation hors-normes), mon film préféré de Park Chan-wook demeure Sympathy for Mister Vengeance, premier film de La Trilogie de la Vengeance que viendront compléter Oldboy (un autre chef d'oeuvre, couronné du Grand Prix du Festival de Cannes) et Lady Vengeance. Si Sympathy for Mister Vengeance reste mon préféré, c'est tout d'abord pour la violente beauté de son histoire. Ryu (Shin Ha-kyun) est un ouvrier sourd-muet, qui essaie désespérément de sauver sa soeur, malade. N'étant pas compatible, il est dans l'impossibilité de donner un rein à soeur, qui a besoin d'une greffe urgente. Sa vie devient plus difficile encore quand l'entreprise qui l'emploie le vire. Lorsque l'hôpital l'appelle pour lui signifier qu'ils ont en stock un rein compatible, mais que l'opération coûte très cher, Ryu, décide, sur les conseils de sa petite amie militante Cha Yeong-mi (Bae Doona) d'enlever la fille de son patron, afin de réclamer une rançon. Mais l'enlèvement tourne mal, la fille meurt. Park Dong-jin (Song Kong-ho), le patron endeuillé, va se mettre à traquer le responsable de la mort de sa fille. 

Park Chan-wook signe ici un véritable chef d'oeuvre, qui possède en lui les germes de sa filmographie future. Tout d'abord, il retrouve Song Kong-ho, son acteur fétiche avec qui il avait déjà tourné un autre de ses chefs d'oeuvre, Joint Security Area, et qu'il retrouvera encore une fois dans le film de vampires Thirst - Ceci est mon sang. Pour ceux qui ne connaissent pas bien le cinéma coréen, sachez que Song Kong-ho est réputé comme étant l'un des meilleurs acteurs sud-coréens, avec Choi Min-sik, l'acteur principal de Oldboy. Ensuite, dans la lignée de ce que Park Chan-wook avait fait dans Joint Security Area, il offre un film au souffle politique dévastateur : il s'agit d'ailleurs de son film le plus ouvertement éditorial, traitant avec justesse de la question des classes, mais aussi de la corruption dans la société. Mais la plus grande qualité de ce film demeure ses personnages, magnifiquement bien écrits et magnifiquement bien interprétés. Que ce soit l'ouvrier handicapé Ryu ou le patron endeuillé Park Dong-jin, les deux protagonistes sont extrêmement touchants. Niveau réalisation, si l'on atteint pas les sommets que Park Chan-wook a atteints dans Stoker et Mademoiselle, certains cadres (notamment dans la confrontation finale) sont magnifiques, et le réalisateur sud-coréen est sans aucun doute un des réalisateurs qui arrive le mieux à restituer l'intensité des scènes de violence. Un film que je vous conseille très grandement, ainsi que le reste de la filmographie de Park Chan-wook. Je vous conseille d'ailleurs de les regarder dans l'ordre, pour mieux percevoir l'évolution extraordinaire de son cinéma.

2. Love Exposure - Sion Sono 

Sion Sono est sans aucun doute le réalisateur le plus déjanté du moment. Particulièrement prolifique, il a, entre 2012 et 2017, réalisé pas moins de douze films (très inégaux, mais cela relève tout de même d'un exploit) ! Déjà connu des amateurs de films japonais underground pour ses films aussi viscéraux qu'absurdes, avec en tête Suicide Club (un film d'horreur japonais qui traite du suicide dans la jeunesse japonaise) et Hair Extensions (autre film d'horreur absurde, avec des extensions pour cheveux tueuses), il arrive parfois que Sion Sono quitte sa casquette de réalisateur de nanars pour enfiler celle du réalisateur de génie, comme ce fut le cas pour The Land of Hope et Himizu (deux drames sur l'après-Fukishima) ou Cold Fish (un thriller très dérangeant, mais qui compte parmi ses meilleurs films). Mais si l'on devait se souvenir d'un seul film de Sion Sono, ce serait sans aucun doute son chef d'oeuvre ultime : Love Exposure (en japonais Ai no Mukidashi), une expérience de cinéma de quatre heures, profondément radicales et intenses. 

Yu Honda est un lycéen normal. Très sage, il est le fils d'un prêtre chrétien respecté, Tetsu Honda. Quand il était petit, avant de mourir, sa mère lui a fait promettre de se trouver une femme aussi pure que Marie, et de la lui présenter. Mais lorsque Tetsu désobéit aux préceptes de son ordre en fréquentant une femme, Kaori Fujiwara, avant de se faire plaquer, ce dernier tombe dans la folie. Déprimé, Tetsu s'abandonne avec plus d'ardeur encore dans sa foi, et les seuls rapports que Yu parvient à avoir avec son père, c'est sous la forme d'un confessionnal. Pour continuer à avoir des rapports avec son père, Yu va rejoindre une bande de délinquants, et photographier les culottes des filles dans la rue, à la volette. Love Exposure, c'est aussi l'histoire d'amour, aussi absurde que magnifique, entre Yu et Yôko Ozawa, jeune fille que recueille Kaori. Alors que la vie de Yu devient toujours plus compliquée, une dangereuse secte, L'Eglise Zéro, prend de plus en plus d'ampleur au Japon. 

Voici, donc un résumé très imparfait de cette oeuvre complètement folle. Love Exposure est un véritable OVNI, qui a bouleversé ma vision du cinéma. Les acteurs sont absolument formidables, mention spéciale pour Takahiro Nishijima (Yu) et Hikari Mitsushima (Yôko). Love Exposure est un film profondément punk dans son fond comme dans sa forme, rendant aussi bien hommage à Orange Mécanique de Stanley Kubrick qu'à L'Empire des sens de Nagisa Oshima, où l'amour (envers Dieu comme envers l'autre) ne peut s'envisager que par la folie et la démesure. Un film avec son lot de scènes sublimes, telles que cette scène où, sur la plage, Yoko hurle à Yu, pour lui montrer son ignorance, la définition de l'amour selon 1 Corinthiens - Chapitre 13, avec en bande-son le second mouvement de La Septième Symphonie de Beethoven. Regardez vite cette oeuvre aussi violente que tendre, aussi poétique que perverse, cette oeuvre essentielle à nulle autre pareille !

3 - A Touch of Sin - Jia Zhangke 

Non content d'être un des réalisateurs chinois les plus connus de sa génération, Jia Zhangke est également (à mon sens) le plus doué. Depuis toujours, Jia Zhangke s'est donné pour mission de donner un visage à la Chine contemporaine, et plus particulièrement l'envers du miracle économique chinois. Comme chez ses homologues coréens Park Chan-wook et Bong Joon-ho, Jia Zhangke réalise des films profondément politiques, quasi-éditorialistes. Cela peut donner des oeuvres aussi monumentales que Au-delà des montagnes et Les Eternels. Mais mon favori demeure A Touch of Sin, un film racontant quatre histoires tragiques dans diverses régions de la Chine contemporaine, inspirées de faits réels. On y suit un mineur du Shanxi se révoltant contre la corruption, un braqueur de Chongquing, une hôtesse d'accueil dans un salon de massage et de sauna, dans la Chine Centrale, et un homme multipliant les petits boulots du Guangdong. Chacune de ces histoires se résoudra dans une explosion de violence, comme si c'était la seule issue pour un individu vivant dans une société aussi corrompue. Ce portrait nihiliste de la Chine contemporaine est aussi glaçant par sa précision chirurgicale que magnifique par son approche artistique. Car Jia Zhangke excelle en tant que réalisateur. Chaque fait divers est comme un prétexte métadiégétique afin d'explorer un nouveau genre cinématographique. Car c'est là que se trouve tout le génie de Jia Zhangke : être aussi pertinent dans le fond que dans la forme. Le film est à la fois un film sur la lutte des classes, un essai cinématographique et une ode d'amour à Zhao Tao, qui joue l'hôtesse d'accueil du salon de massage, et qui est l'épouse à la ville de Jia Zhangke, doublée de son actrice fétiche. Chaque film de Zhangke sonne comme une déclaration d'amour à sa femme, qu'il filme sous tous les angles, comme pour montrer à quel point elle est magnifique. Regardez A Touch of Sin, et regardez la filmographie complète de Jia Zhangke ! 

4. Memories of Murder - Bong Joon-ho 

Depuis quelques années déjà, le sud-coréen Bong Joon-ho défraie la chronique cinématographique : après avoir réalisé son premier film américain avec Snowpiercer (l'adaptation du Transperceneige, BD française culte de Lob et Rcohette), réalisé le premier film Netflix présenté à Cannes (la fable écolo-vegan-anticapitaliste Okja), il a triomphé à Cannes avec son dernier chef d'oeuvre en date, Parasite, devenant le premier réalisateur sud-coréen à remporter la Palme d'Or (nous vous disions tout le bien que nous pensions de Parasite et l'impact positif qu'a eue cette nomination sur le cinéma sud-coréen dans un précédent article). Mais résumer la filmographie de Bong Joon-ho à ces seuls succès serait un scandale. Son plus grand chef d'oeuvre demeure son deuxième film : Memories of Murder, sorti en 2003. 

Ce film policier profondément audacieux, qui n'a rien à envier à Se7en et Zodiac de David Fincher, raconte l'enquête (inspirée de faits réels) menée par un policier de la campagne (magistralement interprété par Song Kong-ho) et un policier de la ville (Kim Sang-kyeong), lancés à corps perdus dans la quête d'un violeur et tueur en série qui ne laisse aucune trace derrière lui. Comme d'habitude avec Bong Joon-ho, il faut s'attendre à un film profondément politique, le réalisateur étant passionné par la lutte des classes. Ici, c'est un portrait au vitriol de la campagne sud-coréenne qui est le véritable sujet du film. Mais le principal attrait de ce coup de génie demeure son scénario, aussi virtuose qu'osé. Et l'interprétation impeccable de ses acteurs, avec en tête le légendaire Song Kong-ho, qui venait de rencontrer avec Memories of Murder celui qui allait le faire tourner encore à trois reprises, avec The HostSnowpiercer et Parasite. Une fois que vous aurez regardé Memories of Murder, vous deviendrez accroc au cinéma sud-coréen ! D'ailleurs, si ce n'est pas déjà fait, courrez vivre l'expérience cinématographique Parasite, avant que ce chef d'oeuvre ne soit plus en salle ! 

5. Une affaire de famille - Hirokazu Kore-eda 

Hirokazu Kore-eda est très certainement l'un des réalisateurs japonais contemporains les plus célèbres à l'international, avec Kiyoshi Kurosawa (Shokuzai), Takeshi Kitano (ZatoichiKojiro) et le légendaire Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro). Grand favori du Festival de Cannes, qui a récompensé trois de ses films (Prix d'interprétation masculine attribué à Yuya Yagira pour son rôle dans Nobody Knows en 2004, le Prix du Jury en 2013 pour Tel père, tel fils et la Palme d'Or en 2018 pour Une affaire de famille), Hirokazu Kore-eda n'a jamais eu de cesse d'étudier dans son oeuvre filmographique les relations familiales dans le Japon contemporain. Que ce soit dans Nobody KnowsStill WalkingTel père, tel filsNotre petite soeurAprès la tempête ou encore The Third Murder, tout est question chez Kore-eda de familles avec des squelettes dans le placard, de liens rompus qu'il faut renouer ou de lien solides qu'il faut rompre. Une oeuvre passionnante, qu'Une affaire de famille vient sublimer.

Il est difficile de résumer Une affaire de famille sans spoiler. Aussi vais-je aller au plus simple : Une affaire de famille raconte comment un groupe familial particulièrement pauvre, vivotant soit par le vol à l'étalage, soit par l'arnaque, voit leur vie éclater lorsqu'il recueille une petite fille négligée par ses parents. Comme d'habitude chez Hirokazu Kore-eda, la réalisation est grandiose, et le jeu des acteurs criant de vérité. Si le film est assez désespérant, on ne peut être que touché par cette oeuvre qui mérite amplement la Palme d'Or qu'elle a rapportée. Par ailleurs, Kore-eda semble avoir renoué avec la sensualité, rare dans sa filmographie, mais qu'on avait pu voir dans Air Doll, sorti en 2009, et qui raconte la vie d'une poupée gonflable qui, telle Pinocchio, a été transformée en jeune femme splendide (magnifiquement interprété par l'actrice sud-coréenne Bae Doona, dévoilée à l'international par Park Chan-wook dans Sympathy for Mister Vengeance, avant de devenir la muse des Wachowski, pour qui elle a tourné dans Cloud AtlasJupiter : Le Destin de l'Univers et la série Sense8). Bref, un grand film signé par un grand réalisateur !

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Mots-Clés : Japoncorée du sudChineJia ZhangkePark Chan-wookBong Joon-hoHirokazu Kore-edaSion Sono

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Commentaires (5)

Par jeanLucasec, il y a 4 mois :

Très bonne sélection

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Par Akira2f, il y a 4 mois :

Manque OLD BOY et Fighter in the Wind !!!
Et C'est pas négociable !!! ^^

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Par Mc'ouille, il y a 4 mois via l'application Hitek :

Vous avais oublier Comment j ai rencontré le diable ...Un pur chef d'oeuvre

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Par Ciné Skope, il y a 3 mois :

Très bonne liste ! OLD BOY reste mon préféré et de loin, mais chaque film dans cette liste mérite d'être vu et revu...
Pour ceux que ça intéresse, voici une petite vidéo d'analyse sur Old Boy : https://www.youtube.com/watch?v=YQPti3hUqGE&t=1s. J'espère que vous aimerez !

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