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Netflix : après The Haunting of Hill House, Mike Flanagan livre sa nouvelle série d'horreur inspirée de Stephen King

De Gaetan Desrois - Posté le 29 septembre 2021 à 18h16 dans Séries TV

Après l'immense succès de The Haunting of Hill House, puis de The Haunting of Bly Manor, Mike Flanagan revient avec une nouvelle mini-série horrifique, disponible depuis vendredi sur Netflix. Est-elle à la hauteur ? Réponse, dans cette critique sans spoilers.

Un grand artisan de l'horreur

En 2018, la série The Haunting of Hill House a bousculé les amateurs de cinéma d'horreur. Acclamée aussi bien par la critique que par les amateurs du genre, cette adaptation du roman d'horreur psychologique La Maison Hantée de Shirley Jackson a consacré son auteur et réalisateur, Mike Flanagan, comme l'un des plus brillants artisans de l'horreur contemporaine, aux côtés de cinéastes aussi exigeants que Robert Eggers (The VVitchThe Lighthouse) et Ari Aster (HéréditéMidsommar). 

En plus d'être un brillant faiseur d'images, sachant manier sa caméra avec beaucoup de dextérité, Flanagan s'était également révélé être à la fois le digne héritier de Stephen King (dont il a adapté deux romans, Jesse pour Netflix, Doctor Sleep pour la Warner), et un passionnant commentateur du genre horrifique, proposant un dialogue entre l'oeuvre romanesque de Jackson et son adaptation par Robert Wise, dans La Maison du Diable. C'est d'ailleurs sur ce même modèle qu'a été construit la seconde série de Flanagan, The Haunting of Bly Manor, sortie en 2020, et que nous avions adorée

Pour toutes ces raisons, nous attendions avec beaucoup d'impatience la mini-série Midnight Mass. D'autant plus que le showrunner Flanagan reprenait sa casquette de réalisateur, puisqu'à l'instar de The Haunting of Hill House, il réalise ici l'intégralité de la série (il n'avait réalisé que le premier épisode de The Haunting of Bly Manor). Citons également le fait qu'après avoir adapté Shirley Jackson, Stephen King et Henry James (Le Tour d'écrou, dont Bly Manor est l'adaptation), Mike Flanagan livre pour la première fois une histoire originale !

Un défi difficile à relever

Midnight Mass raconte le destin des 127 habitants d'une île américaine, très éloignée du continent, frappés par une misère sociale, suite à une marrée noire qui a détruit de nombreux emplois. Mais cette île connaîtra un rebond, suite à l'arrivée du prêtre Paul Hill, chargé de remplacer l'ancien prêtre, absent pour maladie. Conséquemment à cette arrivée, d'étranges événements ont lieu sur l'île. Au milieu de ces bouleversements, un jeune homme, Riley Flynn, rentre au bercail, après avoir purgé une peine de prison durant laquelle il a perdu sa foi, suite à un accident qui a coûté la vie à une jeune fille. 

Si Midnight Mass n'a pas l'intensité de The Haunting of Hill House et de The Haunting of Bly Manor, Mike Flanagan nous revient néanmoins en excellente forme. Il semblerait qu'adapter l'oeuvre de géants de la littérature et du cinéma d'horreur l'a fait grandir en tant qu'auteur. Cela se ressent notamment au niveau des dialogues. Bien qu'ils abordent des thématiques aussi vastes, sérieuses et difficiles que la religion, la foi, la rédemption, ils ne sont pour autant jamais ronflants. Ce qui n'est pas une mince affaire : livrer une oeuvre cinématographique sur la religion est un défi, et peu de cinéastes (Terrence Malick et quelques autres) sont parvenus à le relever dignement. 

Ni prosélyte, ni à charge contre les religions (seulement contre un certain fanatisme religieux, et encore il ne s'agit pas du seul axe par lequel Flanagan aborde la religion), Midnight Mass ne s'embarrasse pas d'une tâche qu'elle ne peut pas porter. Si Flanagan met en avant des réflexions pour le moins passionnantes (dans quelle mesure la question de la rédemption est-elle corrélée à l'idée de foi ?), il ne le fait non pas parce que le contexte dans lequel s'inscrit son histoire (une communauté très religieuse) l'exige, mais parce que ses personnages sont à un moment de leur vie où ces réflexions leur viennent naturellement

Tout au service de l'émotion

De ce fait, bien qu'y sont cités des paraboles bibliques et les apôtres, les dialogues de Midnight Mass ne mettent jamais de côté l'émotion. Comme l'ont souligné certains de nos confrères, il s'agit même des dialogues les plus chargés émotionnellement de toute l'oeuvre de Mike Flanagan. Cela vient également, bien évidemment, de l'immense talent des interprètes, à commencer par Hamish Linklater (Legion), absolument brillant dans le rôle de prêtre mystérieux. Avec son allure rappelant celle Nick Cave, l'apôtre noir du rock indé, à qui l'on aurait prêté des habits d'ecclésiaste, Linklater confirme sa stature de grand acteur malheureusement trop sous-estimé. 

Pour lui donner la réplique, Mike Flanagan a trouvé de nombreux acteurs et actrices, eux aussi très talentueux. Citons également Zack Gilford, gigantesque dans son rôle de jeune homme brisé, rongé par la culpabilité, perdu entre sa volonté de se racheter auprès de ceux qu'il a blessés, et son besoin de s'auto-flageller mentalement comme pour mieux expier sa faute. 

Parce qu'on parle de Mike Flanagan, il est bien évidemment nécessaire de parler également de mise en scène. Si elle paraît au premier abord moins technique que celle de The Haunting of Hill House, elle est pourtant redoutablement efficace. Sa scène d'ouverture, révélant progressivement une scène d'accident, est remarquable. En un simple mouvement de caméra allant de la droite vers la gauche, Flanagan révèle un à un les différents éléments de la scène d'accident. En ce sens, il s'agit d'une véritable profession de foi (sans mauvais jeu de mot), dans laquelle le cinéaste invite ses spectateurs à comprendre que les différents éléments de l'intrigue lui seront donnés progressivement. Quitte à dessiner, parfois, des fausses pistes. 

On peut également citer le plan-séquence introductif de l'épisode 2, long de six ou sept minutes. Mais Flanagan, en pleine possession de ses moyens, ne fait pas de la technique par amour de la technique, mais parce que cela sert la dimension émotionnelle de son récit. Cela se ressent néanmoins au niveau de son montage. On songe notamment à cette scène, dans laquelle Flanagan mêle à la fois des images de la communion des habitants de l'île, et d'une réunion des Alcooliques Anonymes, permettant par un habile effet de montage de créer un parallèle entre l'hostie (que donne le Prêtre à ses fidèles) et le jeton des AA, donné à Riley Flynn.

Ou encore, ces scènes durant lesquelles Riley Flynn, ne trouvant pas le sommeil, observe la victime de l'accident dont il est responsable. Simples en apparence, ces scènes sont très fortes émotionnellement. Flanagan joue avec le spectateur, qui sait que l'apparition de la victime est inéluctable. De plus, par un simple mouvement de caméra, Riley Flynn, allongé sur son lit, finit à la verticale, face à face non pas avec sa victime (qui est à l'horizontale), mais avec le spectateur, qui devient le juge que le personnage s'impose quotidiennement.

Le digne héritier du King

Comme nous l'avons dit plus haut, Mike Flanagan avait saisi l'occasion de ses précédentes séries de créer des dialogues entre les romans dont il s'inspire et les différentes adaptations qui en ont été tirées. Ainsi, The Haunting of Hill House était à la fois une adaptation de La Maison Hantée de Shirley Jackson que de La Maison du Diable de Robert Wise ; tandis que The Haunting of Bly Manor adaptait à la fois Le Tour d'Écrou de Henry James et Les Innocents de Jack Clayton. 

En véritable passionné du genre horrifique, Flanagan se saisit efficacement des différents sous-genres de l'horreur et du fantastique, pour créer, dans les premiers épisodes de sa série, un jeu de piste à destination de ses spectateurs. Pour ce faire, il joue avec nos attentes. Parce que la série traite de l'arrivée d'un mystérieux prêtre dans une communauté catholique, les amateurs de littérature gothique pouvaient attendre que Flanagan s'inspire d'oeuvres aussi renommées que Le Moine de M. G. Lewis. Autrement dit : on pouvait s'attendre à ce que Midnight Mass traite de l'hypocrisie de certains catholiques, avec une histoire de Prêtre ayant pactisé avec le Diable, abordant des sujets tels que la magie noire, le viol, l'inceste, etc. Il n'en est rien. 

Parce qu'on se doute que Flanagan est un fervent lecteur de Lewis et d'Ira Levin (Rosemary's Baby, adapté au cinéma par Roman Polanski), le showrunner arrive à mener ses fans par le bout du nez, et les emmener dans une toute autre direction, dès la fin de son troisième épisode. On ne dira pas où. 

Il serait vain de chercher des jump scare dans Midnight Mass. La mini-série de Flanagan n'obéit pas aux mêmes mécaniques que les oeuvres récentes les plus regardées du genre (Conjuring, etc). Après l'horreur psychologique dans The Haunting of Hill House, le genre gothique dans The Haunting of Bly Manor, Flanagan passe habilement du genre fantastique au gothique. Il faut dire que le fantastique, et ses mécaniques permettant de créer le doute chez ses personnages autant que chez ses lecteurs, sied tout particulièrement à une histoire horrifique se proposant de traiter du mystère religieux.

Encore une fois, Mike Flanagan se révèle comme le plus grand héritier de Stephen King (qui a clairement fait savoir qu'il avait adoré la série). Si cette fois il ne l'adapte pas clairement, les fans du maître absolu de l'horreur reconnaitront de nombreuses thématiques que King a abordées par le passé, notamment dans Salem et dans Carrie. Ainsi, les ravages de l'alcool et de l'isolement, au centre de The Shining et de Doctor Sleep, sont également très évoqués dans Midnight Mass

Le petit défaut de la série

S'il fallait trouver un défaut à la série, on pourrait citer (dans une certaine mesure) l'utilisation qui est faite des décors, particulièrement dans sa première partie. On peut regretter que Flanagan n'utilise pas le fait que les personnages soient sur une île isolée comme un élément suscitant la claustrophobie, comme l'avait fait si brillamment le britannique Dennis Kelly dans la récente mini-série HBO / Sky Atlantic The Third Day, qui dès son introduction créait le malaise grâce à ses décors désolés. Dennis Kelly avait créé une certaine osmose entre l'île et ses habitants, à tel point que l'on se disait que si l'île était hostile, ses habitants ne pouvaient que l'être également. Dans Midnight Mass, les habitants semblent rester sur l'île avant tout par fatalisme, et la grande majorité de ses habitants l'ont quittée non parce qu'elle était isolée, mais à cause de la marée noire qui a bouleversé son économie. 

Certains regretteront également le rythme de la série. Donnant la part belle aux dialogues, les spectateurs les plus rétifs aux séries qui prennent leur temps trouveront peut-être le temps long. Les autres ne seront pas déçus du voyage. 

Quoi qu'il en soit, il n'en demeure pas moins que nous avons beaucoup apprécié Midnight Mass, et que nous vous recommandons vivement de la regarder. Si son rythme est assez lent, nul doute que les habitués des oeuvres de Mike Flanagan sauront apprécier l'intelligence de sa construction. 

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Commentaires (5)

Par Sid le Paresseux, il y a 4 semaines :

merci pour la critique, je suis en train de regarder j'aime beaucoup !

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Par alexdahu, il y a 4 semaines :

une excellente surprise pour moi cette série !! La fin de l'épisode 5 m'a laissé sur le cul

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Par taospirit30, il y a 4 semaines :

je viens de la finir et vraiment j'ai adoré (bon sauf la fin mais c'est mon coté fleur bleue :D).
Je recommande, meme si ça semble lent ça donne de la profondeur aux personnages.

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Par Guy, il y a 4 semaines :

La série est sympa, mais il y a vraiment énormément de blabla.

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Par Felis, il y a 4 semaines :

Je ne comprendrai jamais l'engouement que provoque ce gars. C'est lent, il ne se passe quasiment rien et il n'y a rien de nouveau dans les scénarios. C'est du vu, vu et revu. Sans intérêt.

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